Syndrome des ovaires polykystiques (Stein-Leventhal) et mode de vie

Jennifer Morzier, Dt.P
Nutritionniste chez SOSCuisine.com

4 mars 2021

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), aussi appelé syndrome de Stein-Leventhal, est la maladie hormonale la plus fréquente chez les femmes en âge de procréer1. Il toucherait 1 femme sur 10 et serait la première cause d’infertilité féminine, en plus d’être associée à des complications métaboliques et cardiovasculaires.

De quoi s’agit-il ?

Le SOPK a été rapporté par les docteurs Stein et Leventhal en 1935. À l’époque, on pensait qu’il s’agissait de kystes présents dans les ovaires, d’où le nom d’ovaires polykystiques. Or, il s’agit plutôt de follicules non matures.

Longtemps méconnu et sous-diagnostiqué, la compréhension du SOPK a grandement évolué ces dernières années. On sait qu’il est causé par un déséquilibre hormonal, dont l’origine n’est pas clairement identifiée, mais qui pourrait provenir des ovaires et/ou du cerveau. Ce déséquilibre entraîne une inhibition de l’ovulation ainsi qu’une sécrétion anormalement élevée d’androgènes, dont la testostérone.2

Symptômes et complications1

La présence et l’intensité des symptômes sont variables d’une femme à l’autre. Parmi eux, on retrouve :

1.    Troubles de l’ovulation

Les ovulations se font rares voire sont totalement absentes. Ceci se traduit par des cycles menstruels irréguliers, de plus de 35 à 40 jours, voire une aménorrhée. On ne comprend pas encore complètement les mécanismes physiopathologiques sous-jacents, mais le SOPK provoque une infertilité chez environ la moitié des femmes qui en sont atteintes.

Notons que chez la femme enceinte atteinte du SOPK, on constate une augmentation du risque de fausses couches et de complications obstétricales et néonatales (diabète gestationnel, prééclampsie, hypertension, accouchement prématuré, etc.).

2.    Hyperandrogénie

La hausse de testostérone dans le sang va se traduire par une hyperpilosité chez 70 % des femmes atteintes du SOPK, de l’acné et une chute des cheveux (alopécie).

De façon générale, lorsque l’hyperandrogénie est marquée, elle se manifeste souvent dès la puberté par une acné sévère, une hyperpilosité et une irrégularité des règles. Il est parfois difficile de savoir s’il s’agit de symptômes reliés à l’adolescence ou au SOPK. Quand l’hyperandrogénie est modérée, le diagnostic est souvent plus tardif et réalisé lorsque la patiente consulte pour infertilité vers l’âge de 25-30 ans.

3.    Syndrome métabolique

Le SOPK entraîne des complications à long terme. En effet, l’hyper sécrétion des androgènes par l’ovaire favorise le développement d’une adiposité, notamment abdominale. Le SOPK augmente le risque de syndrome métabolique (tour de taille élevé, dyslipidémie, hypertension artérielle, résistance à l’insuline).

Dans les faits, on constate de l’insulino-résistance chez 75 % des femmes atteintes du SOPK et — à partir de 40 ans — 50 % des femmes présentent une intolérance au glucose ou du diabète de type 2 et ceci indépendamment de leur poids.

En effet, ce ne sont pas toutes les femmes atteintes du SOPK qui sont en surpoids, 20 à 24 % d’entre elles ayant un IMC normal2. Ces dernières sont plus à risque de sous-diagnostic, car elles peuvent ne pas présenter certains symptômes tel les règles irrégulières et l’acné2. Cependant, elles sont tout autant exposées à des altérations métaboliques et des risques cardiovasculaires à long terme.

4.    Anxiété, dépression et troubles alimentaires

Des études récentes ont démontré un lien entre le SOPK et l’anxiété, la dépression et une moins bonne qualité de vie3, 4, 53, 4,5. Ceci peut-être expliqué par la présence d’infertilité, d’hirsutisme, d’alopécie et d’acné. De plus, on observe chez les patientes atteintes du SOPK, des troubles de l’alimentation6 tels l’anorexie, la boulimie, les excès hyperphagiques, en particuliers chez celles qui éprouvent de l’anxiété et de la dépression.

Traitements1, 7

Les traitements du SOPK visent à traiter les symptômes et comprennent :

1.    Adoption d’un mode de vie sain

Selon les recommandations officielles7, toutes les femmes atteintes du SOPK devraient adopter une alimentation saine et un mode de vie actif tout au long de leur vie.

Plusieurs approches alimentaires équilibrées peuvent être recommandées, dont les alimentations méditerranéenne, DASH, à faible indice glycémique, et faible en glucides.

Pour les femmes souffrant de surpoids ou d’obésité, une perte graduelle d’environ 5 à 10 % du poids initial réduit l’hyperandrogénie et montre un effet bénéfique sur l’hirsutisme et l’aménorrhée, avec un potentiel bénéfice sur la fertilité. À plus long terme, cette perte de poids aura un retentissement positif sur le risque de complications métaboliques associées au SOPK.

En revanche, pour les femmes n’ayant pas d’excès de poids, maigrir n’apporte pas de bénéfice.

Notons que la perte de poids peut être plus lente ou difficile en présence d’un SOPK, mais elle demeure une cible de première ligne.

Afin de réduire les marqueurs de la résistance à l’insuline, il faut privilégier les glucides riches en fibres (les fruits, les légumes, les céréales à grains entiers, les légumineuses, ainsi que les noix et graines) et répartir les glucides dans la journée en consommant 3 repas équilibrés par jour et en incluant de bonnes collations au besoin.

Concernant les risques cardiométaboliques, notons que 70 % des femmes atteintes du SOPK ont un taux élevé de cholestérol total, de LDL-C et de triglycérides ainsi qu’un faible taux de HDL-C. Ces marqueurs peuvent être modifiés par une perte de poids, une réduction de la consommation d’alcool et une alimentation réduite en gras saturés et en sucres concentrés, mais riche en fibres et en oméga-3.

Il est également important d’avoir un mode de vie actif. Pour les adultes de 18 à 64 ans, on recommande entre 150 à 250 minutes par semaine d’exercices d’intensité moyenne ou de 75 à 150 minutes par semaine d’exercices d’intensité vigoureuse ou une combinaison des deux. Il est également important d’inclure des activités de renforcement musculaire 2 jours non consécutifs par semaine.

2.    Traitement médicamenteux

Il n’existe pas de traitement médical unique. Celui-ci doit être individualisé et adapté à la personne. Le but étant d’améliorer les symptômes liés au SOPK en lien avec l’excès d’androgènes, d’irrégularités menstruelles, l’anovulation, la résistance à l’insuline et le profil métabolique. Selon le cas, il pourrait être recommandé de prendre une pilule contraceptive ou de la médication pour le diabète tel que Metformin.

3.    Accompagnement psychologique et nutritionnel

Au besoin, notamment en cas de troubles alimentaires, un accompagnement psychologique et nutritionnel peut être bénéfique

Conclusion

Les femmes atteintes du SOPK peuvent souffrir de multiples symptômes pouvant affecter grandement leur qualité de vie. Ce syndrome ne se guérit pas, mais on peut soulager les symptômes et prévenir les problèmes chroniques en adoptant de meilleures habitudes de vie (alimentation équilibrée, exercice physique, consommation d’alcool réduite) et en atteignant son poids santé.

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Références

1 Dossier d’information : Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). 2019. https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/syndrome-ovaires-polykystiques-sopk (consulté en novembre 2020).
2 Aversa, A., La Vignera, S., Rago, R., Gambineri, A., Nappi, R. E., Calogero, A. E., & Ferlin, A. (2020). Fundamental concepts and novel aspects of polycystic ovarian syndrome: Expert consensus resolutions. Frontiers in Endocrinology, 11.
13 Chaudhari AP, Mazumdar K, Mehta PD. Anxiety, depression, and quality of life in women with polycystic ovarian syndrome. Indian J Psychol Med. (2018) 40:239–46. doi: 10.4103/IJPSYM.IJPSYM_561_17 31.
4 Tan J, Wang Q-Y, Feng G-M, Li XY, Huang W. Increased risk of psychiatric disorders in women with polycystic ovary syndrome in southwest China. Chin Med J. (2017) 130:262–6. doi: 10.4103/0366-6999.198916 32.
5 Ozcan Dag Z, Alpua M, Isik Y, Buturak SV, Tulmac OB, Turkel Y. The evaluation of temperament and quality of life in patients with polycystic ovary syndrome. Gynecol Endocrinol. (2017) 33:250– 3. doi: 10.1080/09513590.2016.1254610
6 Lee I, Cooney LG, Saini S, Smith ME, Sammel MD, Allison KC, et al. Increased risk of disordered eating in polycystic ovary syndrome. Fertil Steril. (2017) 107:796–802. doi: 10.1016/j.fertnstert.2016. 12.014
7 Teede, Helena J., et al. Recommendations from the international evidence-based guideline for the assessment and management of polycystic ovary syndrome. Human reproduction 33.9 (2018): 1602-1618.


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