DES MOTS ET DES REMÈDES

Le Comité québécois d’étude du français médical (CQEFM) est né en 2000 d’un désir de réactiver un comité semblable qu’avait animé dans les années 1970 le Dr Jacques Boulay, dont le nom est lié au Prix de l’ambassadeur du français en médecine décerné par Médecins francophones du Canada. Présidé par le Dr Serge Quérin, il réunit médecins, traductrices et terminologues, et se penche sur diverses difficultés que peuvent présenter certains termes médicaux, tout particulièrement au Canada.

Composition du comité:

  • Alice Arseneault, conseillère linguistique, Office québécois de la langue française
  • Suzie Côté, traductrice
  • Bernard Fruteau-de-Laclos, médecin
  • Valeriya Lezhankina, conseillère linguistique, Office québécois de la langue française
  • Martine Moresco, traductrice
  • Vincent Nadon, médecin
  • Michelle Pilon, traductrice
  • Serge Quérin, médecin (président)
  • Louis Thivierge, conseiller linguistique, Office québécois de la langue française

"Failure" et "Insufficiency"

Ces deux termes ont bien souvent en médecine un même équivalent français : insuffisance. Mais quelques nuances s’imposent.

Réglons tout d’abord les cas où insufficiency se rapporte à un élément indispensable au métabolisme, ou encore aux défenses immunitaires. Le terme désigne alors un apport ou une concentration sanguine de cet élément qui n’est pas suffisant pour assurer un fonctionnement optimal de l’organisme, une situation qui porte bien en français le nom d’insuffisance. La déficience ou carence (deficiency en anglais) est plus marquée encore. Par exemple, on parle d’insuffisance en vitamine D quand la concentration sanguine de calcidiol se situe entre 50 et 74 nmol/l, et de déficience ou de carence en vitamine D quand cette concentration est inférieure à 50 nmol/l.

Un autre cas de figure est celui où insufficiency se rapporte à une valve cardiaque : valvular insufficiency, en français insuffisance valvulaire (note : bien que la nouvelle nomenclature anatomique française ait logiquement donné le nom de valve à chacune des structures anatomiques qui séparent les chambres cardiaques les unes des autres et des gros vaisseaux qui les prolongent pour empêcher le sang de refluer, et celui de valvule à chacun des feuillets plus petits qui composent une valve, l’adjectif valvulaire se dit toujours de ce qui se rapporte à une valve). Selon le cas, l’insuffisance sera tricuspidienne, mitrale ou aortique. Dans le cas particulier de la valve pulmonaire, on sera bien avisé d’être plus explicite et de parler d’insuffisance de la valve pulmonaire plutôt que d’insuffisance pulmonaire, qui pourrait être confondue avec une insuffisance respiratoire (voir plus loin). Dans tous ces cas d’insuffisance valvulaire, on peut substituer au terme insuffisance celui de régurgitation, même si le premier renvoie à la cause de l’anomalie et le second, à sa conséquence (termes conotionnels non synonymes). Enfin, quand ce sont les valves veineuses qui ne remplissent plus correctement leur rôle, analogue à celui des valves cardiaques, mais dans le circuit veineux périphérique, surtout aux membres inférieurs, on parle d’insuffisance veineuse (venous insufficiency).

Il existe aussi diverses variantes d’insuffisance artérielle (arterial insufficiency) : insuffisance coronarienne, insuffisance mésentérique, insuffisance artérielle des membres inférieures entre autres. À l’inverse des veines, les artères n’ont pas de valves, mais le terme insuffisance renvoie tout de même, ici encore, à un rôle qui n’est plus joué de façon adéquate, celui de perfuser les diverses structures anatomiques en aval, en raison d’une (ou plusieurs) sténose ou d’une thrombose sur le trajet de l’artère concernée.

Venons-en aux insuffisances d’organes (organ insufficiency), quand un organe ne suffit plus à sa fonction. C’est ici que insufficiency et failure se font concurrence, le second désignant en général un stade plus avancé d’atteinte fonctionnelle que le premier. Elles sont presque aussi variées qu’il y a d’organes ou de fonctions dans le corps humain : adrenal insufficiency (insuffisance surrénalienne), hepatic (ou liver) insufficiency (insuffisance hépatique), respiratory insufficiency (insuffisance respiratoire) et bien d’autres. À un stade plus avancé, on emploiera plutôt en anglais le terme de failure, surtout à propos du cœur (heart failure), des poumons (respiratory failure), de plusieurs organes à la fois (multiorgan failure). Dans tous ces cas, c’est encore insuffisance qui convient le plus souvent en français, mais parfois aussi défaillance, ce quasi-synonyme évoquant plutôt un épisode aigu ou grave, surajouté ou non à une affection chronique : défaillance cardiaque, défaillance poly- ou multiviscérale. Failure a aussi d’autres emplois en anglais qui ne se rapportent pas à un organe en particulier : ainsi, failure to thrive (retard de croissance) et therapeutic ou treatment failure (échec thérapeutique).

Revoyons le terme « revue » en médecine

Dans un précédent billet, nous avons exploré les traductions possibles de scoping review. Nous enchaînons avec un passage en revue (et non « une revue ») des mots review en anglais et revue en français dans le domaine médical. Nous verrons qu’il s’agit souvent de faux amis, une review n’étant pas toujours une revue et inversement.

Ainsi, une revue médicale, publication périodique, est habituellement un medical journal en anglais et non une « medical review ». Cependant, la plupart des autres emplois de « revue » en français médical constituent bel et bien des emprunts sémantiques à l’anglais review, plusieurs étant passés dans l’usage. C’est notamment le cas de l’expression revue de la littérature (scientifique), calque de review of (the) (scientific) literature ou literature review. Dans ce cas particulier, le mot littérature est lui aussi employé dans un sens qu’il n’aurait sans doute pas acquis en français sans la forte influence qu’exerce de longue date la langue anglaise dans le domaine scientifique. Il en va de même de certaines variantes de la revue de la littérature (scientifique) traditionnelle ou narrative (traditional ou narrative review), ayant chacune leurs règles propres : revue systématique (systematic review), revue exploratoire (l’un des équivalents possibles de scoping review, comme nous l’avons vu dans le billet précédent), revue réaliste (realist[ic] review). Moins soumis à des règles strictes, le simple review article, souvent désigné en français par « article de revue », correspond en général à une mise au point, à une synthèse ou à une analyse en français non influencé par l’anglais.

Dans un autre ordre d’idées, si la review of systems, qui est un temps précis du recueil de la case history (anamnèse) d’un patient, est une « revue des systèmes » au Canada français sous l’influence de l’anglais, il n’en va pas de même dans le reste de la francophonie, où un bilan fonctionnel est plutôt intégré au compte rendu de l’examen physique. C’est sans doute aussi sous l’influence de l’anglais que la peer review à laquelle sont soumises les propositions d’articles pour publication dans une revue médicale est souvent désignée en français par évaluation par les pairs. Cette évaluation est en général confiée à au moins deux lecteurs experts ou lectrices expertes (reviewers), que l’on appelle aussi arbitres scientifiques, au sein d’un comité de lecture ou comité d’évaluation par les pairs (peer review committee).

Enfin, l’équivalent français de review n’est pas non plus « revue » dans d’autres contextes, comme : étude (d’une question), examen (d’un document), critique (d’un film), compte rendu (d’un livre), révision (d’une décision), réexamen (de priorités). C’est sans parler des emplois de review en tant que verbe : étudier, examiner, réviser, etc.

On voit donc que l’équivalent correct de review est bien loin d’être toujours « revue ». Même l’expression revue de la littérature, passée dans l’usage, n’est pas irremplaçable. On peut lui substituer, ne serait-ce qu’à l’occasion, recension des écrits. Joli, non?

Qu’est-ce qu’une scoping review?

De nos jours, les revues médicales regorgent d’« études d’études » dont l’objectif est de tirer un maximum d’information et, si possible, de données probantes de l’ensemble des travaux publiés sur un sujet donné. Il s’agit selon le cas de méta-analyses, de revues systématiques ou encore de ce que l’on appelle en anglais des scoping reviews. Dans ce dernier cas, de quoi s’agit-il au juste et comment traduire le syntagme en français?

Dans le domaine scientifique, une scoping review a pour but de cartographier les concepts clés d’une thématique ainsi que les principaux types et sources de données disponibles. Elle peut être le prélude à des travaux de recherche sur une question plus ciblée ou encore à une revue systématique, qui a ses règles propres, sur cette question.

Traduire scoping review en français n’est pas une mince affaire. D’ailleurs, certains auteurs francophones ont simplement recours au terme anglais ou au terme générique revue de la littérature sans plus de précision. Divers termes ont pourtant été proposés pour rendre le plus fidèlement possible scoping review en français, énumérés ici par ordre décroissant approximatif de fréquence : étude de la portée, examen de la portée, revue de (la) portée, revue exploratoire, étude de délimitation, état de la littérature, analyse exhaustive. Et, de fait, alors que le gérondif scoping en anglais suffit à évoquer une action (celle de délimiter), la « portée » censée être à l’étude (ou en examen) dans certains de ces « équivalents » (parmi les plus employés) laisse perplexe : la portée de quoi? D’où la précision que beaucoup d’auteurs jugent utile d’apporter : étude (ou examen) de la portée des connaissances (ou de la littérature, ou de la littérature scientifique, voire de la littérature grise et scientifique). À côté de ces termes « à rallonge », il nous semble que les expressions étude de délimitation et revue exploratoire ont l’avantage d’être à la fois concises et suffisamment explicites pour que l’on ait rarement besoin de préciser : de la littérature.

Nous reviendrons sur l’emploi des termes revue et littérature en médecine dans un prochain billet.

Révisions terminologiques d'insuffisance rénale

Le domaine de l’insuffisance rénale a fait l’objet de grandes révisions terminologiques au cours des dernières années. Il existe deux grandes catégories d’insuffisance rénale : aiguë et chronique.

Voulant tenir compte de la physiopathologie de cette affection et du stade très précoce auquel on espère pouvoir bientôt la dépister, les anglophones préfèrent maintenant appeler acute kidney injury,ce que l’on appelle toujours en français insuffisance rénale aiguë. Il est possible que le terme agression rénale aiguë (1) ou un autre équivalent exact de acute kidney injury finisse par s’imposer mais il est trop tôt pour l’affirmer.

Quant à l’insuffisance rénale chronique, elle s’inscrit maintenant dans une classification plus large, adoptée aux États-Unis en 2002, celle de la maladie rénale chronique, traduction presque littérale de l’anglais chronic kidney disease, ou CKD (on aurait dit autrefois en français néphropathie chronique, mais ce réflexe classique a été perdu au contact avec la langue anglaise, qui préfère les diseases aux termes suffixés plus savants).

La maladie rénale chronique est maintenant définie en 5 stades (2). Les stades 1 et 2 sont définis par des marqueurs, parmi lesquels la protéinurie et l’hématurie, sans qu’il n’y ait d’atteinte fonctionnelle importante : le débit de filtration glomérulaire (DFG), appelé glomerular filtration rate (GFR) en anglais, reste normal voire augmenté au
stade 1, et n’est que légèrement diminué au stade 2. Au stade 2, on peut dire qu’il y a une atteinte de la fonction rénale (impaired renal function) mais pas d’insuffisance rénale à proprement parler. Par convention, ce n’est qu’au stade 3, quand le DFG descend sous la barre des 60 ml/min par 1,73 m2 de surface corporelle (soit moins de 60 % environ d’une fonction rénale normale) que l’on parle d’insuffisance rénale chronique. Celle-ci reste modérée au stade 3 (stage 3 chronic kidney disease)et devient sévère au stade 4 (le choix du qualificatif sévère, qui autrefois nes’appliquait qu’aux personnes et aux règlements,ayant prévalu).

La maladie rénale chronique au stade 5 (DFG < 15 ml/min/1,73 m2) correspond à ce que l’on appelle encore l’insuffisance rénale chronique terminale. La formulation insuffisance rénale chronique au stade terminal, plus exacte mais plus longue, n’a pas la faveur des praticiens, qui en fait n’hésitent pas à parler d’insuffisance rénale
terminale tout simplement.Ce stade est diversement appelé stage 5 chronic kidney disease ou encore renal failure en anglais (3). Comme on le voit, ces choix terminologiques ne laissent plus guère de place en anglais au terme insufficiency dans la désignation et la classification de l’insuffisance rénale tant aiguë que chronique.

Tableau. Classification de la maladie rénale chronique en français (réf. 2)

Avec marqueurs d’atteinte rénale : protéinurie, hématurie, leucocyturie, ou anomalies morphologiques ou histologiques, ou marqueurs de dysfonctionnement tubulaire, persistant plus de 3 mois.
(1) V. Chlor, D Journois. Insuffisance et agression rénales aiguës périopératoires. EMC (Elsevier Masson SAS), Néphrologie, 18-059-B-10, 2011
(2) Groupe de travail de la Société de néphrologie. Évaluation de la fonction rénale et de la protéinurie pour le diagnostic de la maladie rénale chronique chez l’adulte. Recommandations pour la pratique clinique. Néphrologie & Thérapeutique, 5 : 302-305, 2009
(3) National Kidney Foundation inc. KDOQI Clinical Practice Guidelines for Chronic Kidney Disease: Evaluation,
Classification, and Stratification Part 4. Definition and classification of stages of chronic kidney disease, [En ligne],
2002 [http://www.kidney.org/professionals/kdoqi/guidelines_ckd/p4_class_g1.htm] (Consulté le 30 octobre 2011).

Biphosphonates, bisphosphonates ou diphosphonates?

Anciennement appelés diphosphonates, ces médicaments sont plus communément dénommés bisphosphonates, un mot assez désagréable à prononcer. Pourquoi bis- plutôt que bi- ou diphosphonates? Est-ce un anglicisme, une mode? Pour répondre à cette question, on doit en fait consulter les règles de nomenclature des molécules chimiques qui sont établies par l’Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC). Selon l’IUPAC, biphosphonate n’est pas acceptable car le préfixe bi- est réservé à des molécules cycliques, ce qui n’est pas le cas ici. Trancher entre diphosphonate et bisphosphonate est plus complexe. Certaines règles peuvent en effet justifier l’appellation diphosphonate en tant que forme simplifiée de méthylène diphosphonate. Cependant, un tel choix est générateur d’ambiguïté, ce que toute nomenclature tente d’éviter. En effet, pour un chimiste, le nom diphosphonate évoque d’emblée un dérivé de l’acide diphosphonique (qui provient de l’union de deux molécules d’acide phosphonique par une réaction de déshydratation). Or, la formule de l’acide diphosphonique diffère sensiblement de celle des médicaments en question. Il faut donc renoncer à la dénomination diphosphonate ou méthylène diphosphonate. Pour remplacer le préfixe di- dans les cas d’ambiguïté, l’IUPAC recourt au préfixe bis- qui indique aussi que la molécule porte deux groupements identiques. Comme les deux groupements phosphonate sont ici portés par le même carbone, la dénomination exacte est bisphosphonate géminé (geminal bisphosphonate), simplifié en bisphosphonate. C’est ainsi qu’il est recommandé de désigner la classe des médicaments présentant cette structure chimique.

Argumentaire inspiré de l’analyse de Monsieur Henri Favre, chimiste

Biphosphonate étant éliminé d’emblée, la molécule en cause peut être nommée de deux façons : méthylène diphosphonate ou bisphosphonate géminé. Il faut choisir laquelle. Notons que la forme ionisée est celle sous laquelle la molécule se trouve en réalité (du coup, le nom est plus court à écrire!)


La comparaison entre le diphosphonate et le méthylène diphosphonate montre bien la différence entre les deux molécules :

  • en vert, un atome d’oxygène est remplacé par un méthyle substitué; l’ajout de méthylène devant diphosphonate signale ce remplacement.
  • en rouge, deux atomes d’oxygène (O) remplacent deux atomes d’hydrogène (H). Aucun élément du nom méthylène diphosphonate ne signale cette différence importante.

Comme le terme « diphosphonate » ne peut désigner deux structures aussi différentes, il faut déterminer quelle structure portera le nom de diphosphonate. Le choix devant être logique et se fonder sur la simplicité, le nom diphosphonate sera réservé à la molécule résultant de l’union de deux phosphonates. Par conséquent, pour la molécule plus complexe qui nous intéresse ici, il faut recourir au préfixe « bis- », qui indique simplement que deux groupements phosphonate sont présents dans sa structure. Reste à préciser où ils se trouvent : comme ils sont portés par le même carbone, il s’agit d’un bisphosphonate géminé.

Greffe et transplantation

La distinction classique entre greffe (transfert de tissu [p. ex., de peau]) et transplantation (transfert d’organe [p.ex., d’un rein] comportant le rétablissement d’une continuité vasculaire [anastomose]), n’est plus guère respectée de nos jours. Toutefois, bien que les deux termes soient devenus pratiquement synonymes, ils ne sont pas toujours interchangeables. Ainsi, si l’on parle volontiers d’une greffe de rein, il est rare que l’on entende parler d’une transplantation de peau : c’est de greffe de peau ou de greffe cutanée  qu’il sera question. Le sens du mot greffe tend donc à englober celui de transplantation sans que l’inverse ne soit vrai.

Le glissement de sens est analogue quand il s’agit de désigner le tissu ou l’organe transplanté lui-même : on dit indifféremment greffon ou transplant rénal, mais toujours greffon cutané, à moins qu’il ne s’agisse d’un transplant cutané avec anastomose, syntagme consacré désignant un type de lambeau cutané.

Quant au malade, on dit couramment de lui ou d’elle qu’il s’agit d’un(e) greffé(e) plutôt que d’un(e) « transplanté(e)». Un insuffisant rénal peut ainsi devenir un greffé rénal ou un greffé du rein, n’en déplaise à ceux qui préféreraient que l’on dise, plus correctement, un malade atteint d’insuffisance rénale devenu un receveur d’une greffe rénale

Accouchement vaginal

Les expressions accouchement vaginal et accouchement vaginal après césarienne, ou AVAC, sont de plus en plus répandues, mais sont-elles justifiées? En effet, les dictionnaires s’entendent pour définir le terme accouchement comme « l’ensemble des phénomènes mécaniques et physiologiques aboutissant à l’expulsion du fœtus et de ses annexes hors de l’utérus1 ». Comme l’accouchement se fait, par définition, par voie vaginale, l’expression accouchement vaginal et, partant, l’expression accouchement vaginal après césarienne, paraissent pléonastiques. Dans un monde idéal, on devrait donc dire accouchement après césarienne, tout simplement.

Toutefois, on peut comprendre que dans ce contexte clinique bien particulier, on veuille insister sur le fait que la parturiente met son enfant au monde par voie naturelle après avoir subi une césarienne au terme d’une grossesse antérieure. On oppose alors accouchement vaginal à accouchement par césarienne, le mot accouchement étant ici employé comme générique pour désigner toute forme d’évacuation du contenu utérin, qu’elle soit physiologique ou non. Il n’en demeure pas moins que dans de nombreux contextes, le terme accouchement se suffit à lui-même et n’a aucunement besoin d’être qualifié.

En France, on préfère l’acronyme VBAC (pour « voie basse après césarienne », où « accouchement » est sous-entendu), qui coïncide avec l’acronyme anglais VBAC, pour vaginal birth after cesarean section.

Référence:
1. Larousse médical, Paris, Larousse, 2004, 1 219 pages.

La traduction de dosage form : évitez le mot-à-mot!

Selon Collett (1990), « dosage forms are the means by which drug molecules are delivered to sites of action within the body ».Sur le site de la Food and Drug Administration, on trouveune liste des choses appartenant à cette catégorie : aerosol, capsule, diaphragm, extract, film, ointment…

Il s’agit donc de toutes les « formes » physiques susceptibles de contenir un principe actif (drug) en vue de son administration au malade.

De façon habituelle, on traduit dosage form par :

  • forme pharmaceutique,
  • forme galénique (mais c’est un terme en usage plutôt en France),
  • présentation (et non conditionnement, qui désigne la manière dont le médicament est emballé).

Traduire dosage form par *forme posologique est un calque résultant de la décomposition abusive du terme en mot-à-mot. En effet, dosage est un terme simple dont l’équivalent est, dans le domaine pharmaceutique, posologie.
Le problème est que le terme *forme posologique a une motivation très floue (une forme qui servirait à appliquer la posologie?) et qu’il vient s’ajouter à trois termes corrects déjà en usage. On ne voit donc aucunement la nécessité de le retenir. Quant à forme dosifiée, cela est à proscrire absolument.

Référence:
Collett, D. et Aulton, M. E. (dir.) (1990) Pharmaceutical Practice, Edinburgh; Churchill Livingstone, New York, 475 p.
Food and Drug Administrationhttp://www.fda.gov/cder/dsm/DRG/drg00201.htm – voir drg002021.pdf

Le champ sémantique de l’obstruction : ne soyons pas bouchés!!!

L’examen des traits sémantiques caractérisant la série oblitération, obstruction, occlusion, sténose, ainsi que les collocations spécifiques à chacun de ces termes permettent de mieux cerner les restrictions d’usage. Ces termes s’appliquent, de façon générale, à la fermeture d’un conduit, d’une cavité, d’un orifice…

Les traits sémantiques retenus sont les suivants :

  • Est-ce un acte ou un état?
  • L’objet est-il un conduit, un orifice, une cavité?
  • Quelle en est la cause?
  • La fermeture est-elle complète ou partielle?
Générique Objet Cause Complétude ou non Commentaires Collocations diverses
Obstruction État Organe creux, conduit, cavité
.intestinale, de l’uretère, des voies urinaires, bronchique, des voies respiratoires, des voies lacrymales, laryngotrachéale
. vaginale
. nasale
. des vaisseaux sanguins (=> embolie : obstruction complète)
Obstacle, pression exercée sur les parois Indéterminé : il faut préciser
. partielle
. complète
Terme plutôt générique. .congénitale
.distale
Oblitération 1) Action (d’oblitérer) : chirurgie Organe creux, conduit, cavité, orifice
.de la grande veine saphène par radiofréquence
.de l’orifice du vagin (traitement de la fistule vésico-vaginale)
Accolement
des parois
Complet [résultat]

(inutile de préciser dans ce cas)

En l’absence de contexte, on ne sait pas si c’est une action ou un état :
.de la terminaison de l’aorte, de l’artère choroïdienne antérieure, des points lacrymaux.
Oblitération complète est un pléonasme.
2) État Organe creux, conduit naturel, cavité, orifice
.des bronches
.du canal de Stenon
.choanale osseuse chez un malade présentant une suppuration
Corps étranger Complet
(inutile de préciser dans ce cas)
Sténose État : rétrécissement Conduit, orifice, canal, organe creux
.du pylore
.de l’artère carotidienne, de l’artère rénale, du conduit auditif externe par intrusion méniscale, de l’uretère distal, mitrale, trachéale post-intubation
Présence d’un corps (plaque d’athérome, ménisque),

altération de la paroi

Permanent,

de degré variable

La sténose est pathologique ou accidentelle,

congénitale ou acquise.

On ne parle pas de sténose complète, on parle alors d’occlusion.

Occlusion 1) Action : chirurgie Conduit, orifice,
ouverture naturelleprocéder à l’~ des paupières[1], du vagin, du col utérin
Par rapprochement des bords Complet (résultat)
2) Processus .des paupières[2], de la bouche, du canal buccal, des lèvres
.[employé absolument] = ~ de la mâchoire
Par rapprochement des bords Indéterminé : il faut préciser
.partielle
.complète
Processus naturel.
3) État Conduit
.intestinale => iléus
.coronaire => thrombose
Par les matières fécales,
par un thrombus
Indéterminé : il faut préciser
.partielle
.complète
Processus pathologique.

 

La « douleur référée » n’est pas une référence!

Si fréquente soit l’expression « douleur référée » dans la bouche des professionnels de la santé au Québec, elle n’a pas sa raison d’être. Vous aurez sans doute deviné qu’il y a anglicisme sous roche!

En anglais, le syntagme referred pain est défini dans les termes généraux suivants : pain felt at a site other than where the cause is situated.

Plusieurs mécanismes peuvent être en cause, bien sûr, mais on devrait parler en français de douleur irradiée ou de douleur projetée. On pourra dire de la douleur qu’elle est irradiée si elle est ressentie autour de son lieu d’origine (diffusée de façon radiaire, c’est-à-dire en rayon), ou encore qu’elle est projetée si elle est ressentie carrément à distance de son siège. La douleur associée à un infarctus du myocarde que la personne ressent non seulement dans la poitrine, mais aussi dans un bras ou la mâchoire est un bon exemple de douleur irradiée. Une douleur de la hanche ressentie dans le genou pourrait être qualifiée de projetée.

On emploie souvent douleur irradiée et douleur projetée de manière interchangeable, mais y aurait-il lieu de les différencier? Sans doute, mais le plus urgent, c’est de faire en sorte que l’un ou l’autre équivalent proposé supplante une fois pour toutes la sempiternelle « douleur référée ».

Disease mongering

La presse anglophone et de nombreux sites Internet parlent de plus en plus de « disease mongering ». Qu’est-ce que cette réalité, et comment doit-on traduire en français?

C’est le fait que certains acteurs du monde médical, notamment des entreprises pharmaceutiques, traitent des états physiologiques normaux (par exemple la ménopause) comme des maladies, amplifient la gravité de troubles mineurs comme la calvitie et multiplient les campagnes d’information, voire de promotion, ce qui donne lieu à toutes sortes de nouveaux produits sources de profits : traitements, épreuves de laboratoire, examens.

On peut, en français, désigner le phénomène dans son ensemble par « mercantilisme médical », avoir recours à « médicalisation mercantile (de la ménopause, de la calvitie) » lorsque l’on évoque un état ou un trouble, et nommer les acteurs en question, « marchands de maladies » (disease mongers).

Chirurgie bariatrique

Baryum et baryté s’écrivent avec un y, tout comme baryton. Ces trois mots viennent du grec barus, qui signifie « lourd », le u grec étant transposé par un y en français. En anglais médical, la graphie barium est courante. C’est ainsi, sans y, que le mot a été créé par Davy en 1808. Pour qualifier la chirurgie de l’obésité, on rencontre beaucoup plus souvent bariatrique que baryatrique, bien que ce dernier terme soit recommandé par le Comité d’étude des termes médicaux français. Se pose la question du choix entre le y et le i. De l’avis du Comité québécois d’étude du français médical, la graphie bariatrique se justifie si l’on considère que le mot est formé du préfixe bar- et de la terminaison -iatrique, dérivée du grec iatros, « médecin » : on a ainsi un adjectif désignant « ce qui se rapporte à la médecine de l’obèse », de même facture que pédiatrique ou psychiatrique.

« Active ingredient » : une question de principe

L’Organisation mondiale de la Santé définit ainsi le syntagme active pharmaceutical ingredient : « Any substance or combination of substances used in a finished pharmaceutical product (FPP), intended to furnish pharmacological activity or to otherwise have direct effect in the diagnosis, cure, mitigation, treatment or prevention of disease, or to have direct effect in restoring, correcting or modifying physiological functions in human beings1».

Quant à inactive ingredient et à ses synonymes inert ingredient et excipient, on peut lire la définition suivante : « Inactive ingredients are components of a drug product that do not increase or affect the therapeutic action of the active ingredient, which is usually the active drug. Inactive ingredients may also be referred to as inert ingredients or excipients, and generally have no pharmacological effect. Agents that combine with active ingredients to facilitate
drug transport in the body are also considered inactive2».

Du côté du français, Le Larousse médical donne à principe actif le sens de « composant d’un médicament doué d’un pouvoir thérapeutique. Le principe actif d’une spécialité pharmaceutique s’oppose à l’excipient, substance inactive qui confère au médicament les propriétés permettant son administration (consistance, forme) et sa conservation. Exploité commercialement, un même principe actif peut avoir plusieurs formes médicamenteuses et plusieurs noms commerciaux3. »

Poursuivant la recherche, nous trouvons la définition suivante d’excipient dans Le Larousse médical : « Substance associée au principe actif d’un médicament et dont la fonction est de faciliter l’administration, la conservation et le transport de ce principe actif jusqu’à son site d’absorption4. ».

Force est donc de constater que la traduction consacrée d’active ingredient est bien principe actif et celle d’inactive ingredient, excipient. On ne compte plus les occurrences de ces termes dans les ouvrages de pharmacologie, de médecine et d’autres domaines connexes en français, et ils sont largement enseignés dans les facultés scientifiques universitaires. Dans ce cas, pourquoi les termes ingrédient actif et ingrédient inactif sont-ils systématiquement utilisés, entre autres, dans la documentation destinée aux patients et sur les étiquettes des spécialités pharmaceutiques? Nous présumons que cela s’explique par le souci des entreprises pharmaceutiques d’être comprises du public. Tout simplement.

Références :
1. WORLD HEALTH ORGANIZATION. Definition of Active Pharmaceutical Ingredient. (Consulté le 14 avril 2015).
2. DRUGS.COM. Inactive Ingredients. (Consulté le 14 avril 2015).
3. Le Larousse médical, [Paris], Larousse, 2009, 1113 p.
4. Le Larousse médical, [Paris], Larousse, 2009, 1113 p.

Malade, patient, client, usager ou bénéficiaire : sont-ils interchangeables ?

La réponse est non, car tout dépend du contexte. Le terme malade désigne une personne dont l’état de santé est altéré. Mais qui rencontre son médecin n’est pas nécessairement malade! Ainsi, patient réfère à toute personne qui consulte un médecin. Remarquons que les médecins et les infirmières parleront volontiers de leurs patients, les premiers pour souligner qu’ils en ont la responsabilité, et les secondes pour exprimer le fait qu’elles les soignent. Les pharmaciens et certains autres professionnels de la santé utiliseront plutôt le mot client, pour parler des personnes qui les rémunèrent pour les produits vendus ou pour leurs services.

Usager, quant à lui,désigne « toute personne qui a recours à un service public ou qui l’utilise » (Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française [OQLF]). Au Québec, le terme a été adopté par les CLSC (Centres locaux de services communautaires), ce qui peut être justifié par le fait que les services offerts n’y sont pas seulement médicaux (on peut par exemple avoir accès à un travailleur social).

Bien que l’OQLF considère son emploi « abusif [pour désigner] la personne qui reçoit des services de santé » (Grand dictionnaire terminologique), le terme bénéficiaire est passé dans l’usage dans les CHSLD (Centres d’hébergement et de soins de longue durée). Cela se justifie dans la mesure où, contrairement à l’hôpital, spécialisé dans les soins dits « aigus », ces établissements assurent des soins de base prolongés qui imposent une prise en charge par la société. Étrangement, dans le contexte hospitalier traditionnel où c’est plutôt patient qui prévaut, les personnes travaillant au bien-être des malades sont nommées préposés aux bénéficiaires. En France, on utilise le terme aide-soignant, qui permet d’éviter cette ambiguïté.

Qu’en est-il des termes collectifs? Pour désigner l’ensemble des patients d’un médecin, certains utilisent clientèle, malgré la réticence de la plupart des médecins à appeler leurs patients des clients. Un terme intéressant a fait son apparition en France, patientèle, qui est un dérivé cohérent de patient et évite de connoter l’idée que le médecin est nécessairement rémunéré par la personne qui le consulte. Toutefois, le Grand dictionnaire terminologique mentionne que ce terme n’est pas courant. On retrouve parfois pratique d’un médecin au Québec et en Belgique (notamment dans céder sa pratique, cession de pratique), bien que Le Petit Robert juge le terme archaïque.

Ainsi, selon le point de vue adopté et le contexte, une même réalité peut être nommée de différentes façons : cette forme de quasi-synonymie terminologique, assez fréquente, se nomme multidimensionnalité.

Anamnèse (patient history)

Le dossier médical (medical record) que les Français appellent observation, comprend plusieurs rubriques dont les appellations anglaises comprennent le mot history.

Past history et family history, p. ex., correspondent aux antécédents personnels et familiaux.

Par contre, patient history englobe tous les renseignements recueillis par le médecin en interrogeant le patient ou son entourage (history taking). Patient history ne comprend donc pas les données de l’examen clinique. Le terme français correspondant est anamnèse.

Anamnèse possède cependant d’autres sens en français médical. Le dictionnaire Garnier-Delamare lui accorde celui plus restreint d’histoire de la maladie actuelle, période allant du début de la maladie jusqu’au moment où le patient se trouve soumis à l’examen du médecin (history of present illness). Anamnèse désigne aussi l’action même de recueillir les données qui est dénommée en France interrogatoire. Ce terme n’est guère en faveur au Québec, probablement à cause de sa connotation policière. On lui préfère malheureusement questionnaire, laissant ainsi croire que le médecin se contente de réciter au patient une liste de questions prédéterminées, ce qui est loin de refléter la réalité.

Revue des systèmes (review of systems)

Une étape de l’anamnèse consiste à rechercher systématiquement la présence de symptômes touchant d’autres systèmes ou appareils que celui qui est touché par la maladie actuelle. Dénommée en anglais review of systems, cette étape est connue au Canada sous le nom de revue des systèmes(1). Curieusement, cette section est rarement individualisée dans les ouvrages français de sémiologie quoique les auteurs soulignent l’importance dans l’anamnèse d’explorer systématiquement organe par organe la présence de troubles fonctionnels lors d’un « passage en revue » ou « tour d’horizon » des systèmes et appareils. Le terme très pratique de revue des systèmes peut être considéré comme un raccourci de « passage en revue des systèmes et appareils » et nous apparaît acceptable.

(1) : Citoyenneté et Immigration Canada, manuel du médecin désigné, www.cic.gc.ca/francais/pub/mdmanuel/section-6.html
Bibliographie :
De Gowin & De Gowin’s, Diagnostic examination (6th edition)
Bates’ Physical examination and history taking (7th edition)
L. S. Bickley, R. A. Hoekelman
L’examen clinique (4e edition) Éditions Arnette, Paris
B.Bates, L. S. Bickley, R. A. Hoekelman (Traduits par Paul Babinet et Jean-Marc Retbi)
Guide pratique. Sémiologie et observation médicale (Marie-Christine Renaud) Éditions ESTEM & MED-LINE,
Paris 1996
Examen clinique, Éléments de sémiologie médicale
Epstein, Perkin, de Bono, Cookson. Traduction de la 2e édition anglaise par Bernard Devulder (CHU Lille)
Sémiologie médicale 7e édition 1990. M. Bariéty, R. Bonniot, J. Bariéty, J. Moline (Hôtel-Dieu de Paris) Masson

Antipsychotiques ou neuroleptiques?

Il fut un temps où le terme antipsychotique passait pour un anglicisme, auquel il fallait préférer neuroleptique pour désigner les médicaments utilisés pour traiter la psychose. Le premier était absent de la plupart des dictionnaires médicaux français, alors que le second avait été proposé à l’Académie nationale de médecine de France en 1955 pour souligner l’action neurologique caractéristique, avant tout sédative, de ce qui était à l’époque une nouvelle classe de médicaments.
Les choses ont changé. De nombreux agents, dits antipsychotiques atypiques, aux effets plus « incisifs », ont été mis au point pour traiter les processus psychotiques, de sorte que de nos jours les neuroleptiques ne sont plus qu’une catégorie à l’intérieur d’une classe hétérogène de médicaments, pour laquelle l’appellation générique d’antipsychotiques est entrée dans l’usage. Ces médicaments partagent au moins une propriété pharmacologique, celle de bloquer l’action de la dopamine sur le récepteur dopaminergique D2. Il faut alors distinguer antipsychotiques de première génération (parfois dits antipsychotiques typiques), encore appelés neuroleptiques, et antipsychotiques de deuxième génération (dits antipsychotiques atypiques). Ces derniers, notamment la clozapine, se caractérisent par une fréquence moindre d’effets indésirables extrapyramidaux, comparativement aux premiers.
Certains considèrent l’aripiprazole comme le premier agent d’une troisième génération d’antipsychotiques, laquelle a un effet agoniste partiel sur certains récepteurs.

En conclusion, le terme antipsychotique ne peut plus être considéré comme un anglicisme lorsqu’il désigne l’ensemble des médicaments employés pour traiter les manifestations de la psychose.

Références
Pharmaterm, Bulletin terminologique de l’industrie pharmaceutique, vol. 3, no 4, 1992.
Thomas, P. Données actuelles sur les antipsychotiques. Rev Prat 65 : 248-250, 2015.

Naviguons dans le partage

Naviguer et partager… voilà deux mots français bien en vogue, mais les francophones naviguent souvent en eaux troubles quand ils les utilisent! La médecine n’échappe pas à la tendance.

Le verbe naviguer ne peut pas avoir de complément d’objet direct ou indirect, et il est généralement suivi d’une préposition. Les médecins francophones peuvent assurément naviguer à contre-courant, naviguer dans l’inconnu, naviguer par calme plat, naviguer contre vents et marées ou naviguer dans la tempête, mais ils ne peuvent pas « naviguer les urgences médicales ». C’est manifestement sous l’influence de la syntaxe anglaise (navigating medical emergencies) que cette erreur se glisse souvent dans les textes français. L’ajout de la préposition dans serait un minimum : naviguer dans les urgences médicales, mais il serait aussi possible d’étoffer l’énoncé et d’écrire naviguer entre les écueils des urgences médicales ou encore, naviguer dans les méandres des urgences médicales.

Passons maintenant au partage. Contrairement au mot anglais share, partager n’a pas le sens de raconter, communiquer ou transmettre. De plus, partager ne peut pas être suivi de à quelqu’un en français. On pourra donc partager un dossier médical en plusieurs sections, partager son temps entre l’exercice de la médecine et la vie familiale, partager son bureau avec une consœur ou encore, partager l’opinion ou l’optimisme des experts, mais un médecin ne peut pas « partager son expérience ou ses connaissances à ses pairs », pas plus qu’une revue médicale ne peut « partager une découverte à ses lecteurs » : il faudrait plutôt dire transmettre son expérience ou ses connaissances à ses pairs ou partager son expérience ou ses connaissances avec ses pairs et communiquer une découverte à ses lecteurs ou partager une découverte avec ses lecteurs, respectivement. Ayons enfin le sens du partage!

Congé ou sortie ?

Au Québec, en général, le patient reçoit son congé de l’hôpital, alors qu’en France, il sort de l’hôpital ou reçoit son autorisation de sortie. Si l’on présente la chose du point de vue du médecin, on dira au Québec que le médecin donne congé au patient alors qu’en France, on dira qu’il signe la sortie du patient, qu’il signe l’autorisation de sortie du patient ou encore, qu’il autorise le patient à sortir. Si elle peut paraître surprenante pour le commun des mortels, l’expression congédier le patient est très répandue en milieu hospitalier au Québec. En France, le terme sortant est également utilisé comme substantif ou adjectif pour désigner le patient qui sort de l’hôpital, mais le substantif (les sortants, par exemple) est moins formel et relève davantage de la langue parlée. Au Québec, l’expression mettre le patient en congé ne peut toutefois pas être utilisée dans ce sens, car elle veut plutôt dire que le médecin signe un arrêt de
travail pour son patient. Selon Le Grand Robert1, cette acception de congé serait un archaïsme (définition : autorisation, permission de partir), mais il reste que congé est un québécisme de bon aloi dans la langue médicale.

1Le Grand Robert de la langue française, nouvelle édition augmentée, 2001.

Evidence-based medicine

Le concept de evidence-based medicine est apparu au début des années 1980. Des médecins et des épidémiologistes – de l’Université McMaster pour la plupart – ont en effet proposé « le développement d’un enseignement de la médecine fondé sur une prise en compte de faits (preuves) issus d’une interprétation objective des données de la science et donc des publications médicales dont il devient essentiel d’en apprécier (sic) la validité de la méthodologie avant de s’intéresser à leurs résultats ».

Plusieurs équivalents ont été proposés pour rendre cette notion en français : médecine factuelle, médecine basée sur des preuves, médecine fondée sur des preuves, médecine fondée sur des faits démontrés. Au Québec, l’expression médecine factuelle est bien établie. Comme elle présente l’avantage d’être courte, elle ne vient pas alourdir inutilement les textes. En outre, cette expression est construite dans le respect des règles de formation des syntagmes en français, puisqu’elle est composée d’un déterminant (factuelle) et d’un déterminé (médecine). Ce syntagme est également motivé, c’est-à-dire qu’il « laisse transparaître la notion qu’il recouvre par le sens de ses composants ». Le terme factuel se définit comme suit : « Qui est de l’ordre du fait. >attesté, observable, réel. Données factuelles. Preuve factuelle ». Dans le contexte qui nous occupe, il s’agit des faits issus de la recherche médicale et relevés dans différentes sources.

Depuis son apparition, la notion de médecine factuelle s’est entourée d’un vocabulaire qui lui est propre et qui s’inspire essentiellement de celui de l’épidémiologie et de la biostatistique. L’étude de ces termes déborde toutefois des limites du présent article.

Compliance

En français, la compliance désigne le rapport entre le volume d’un réservoir élastique et la pression du fluide qu’il contient : compliance pulmonaire, compliance ventriculaire. Bien que le dictionnaire de Manuila1 admette l’emploi du mot compliance dans le sens d’observance, c.-à-d. le respect de la prescription médicale par le malade, la plupart des auteurs considèrent qu’il s’agit là d’un anglicisme. On peut employer le mot fidélité et son adjectif fidèle (au traitement), ou encore persévérance (persévérant), respect voire observation de la prescription dans certains cas. Observance (tout comme son contraire inobservance ou non-observance) demeure acceptable et largement employé dans la francophonie, mais certains reprochent à ce terme sa connotation religieuse. Adhérence, adhésion, assiduité et docilité renvoient à des notions différentes.
1 Manuila L, Manuila A, Lewalle P, Nicoulin M. (2001) Dictionnaire médical. 9e édition, Masson, Paris, 736 p.

Informed consent

Si un malade à qui l’on propose de participer à une étude peut et doit être informé, son consentement, lui, ne peut être qu’éclairé. Informé ne se dit que d’une personne ou d’un groupe de personnes : bien informé de la situation, le patient a donné un consentement éclairé.

Odds ratio

Ce terme se rapporte, tout comme relative risk (risque relatif), à des mesures de dépendance entre des variables aléatoires qualitatives. Toutefois, les deux notions sont distinctes. Ainsi, si l’on veut évaluer l’association existant entre le fait de décéder en unité de soins intensifs et le fait d’être infecté au moment de l’admission, le risque relatif «estimera le rapport de la probabilité de mourir quand on est infecté sur la probabilité de mourir quand on ne l’est pas»1 (RR = % de décès chez les infectés/% de décès chez les non-infectés). Le terme qui nous intéresse, odds ratio, réfère, lui, au rapport [morts chez les infectés/vivants chez les infectés] / [morts chez les non-infectés/vivants chez les non-infectés]. Bien que la notion semble complexe, son succès provient du fait « qu’il est calculable à la fois dans une étude où les patients constituent un échantillon représentatif d’une population générale (enquête de « cohorte »), et dans une étude où l’on fixe le quota de malades par rapport aux non-malades (enquête « cas-témoins ») »1. Il est donc impropre, en français, d’utiliser le terme risque relatif pour traduire odds ratio. Certains auteurs traduisent odds ratio par rapport des rapports1, ou encore par rapport des cotes1,2. L’usage de l’indéfini de (rapport de cotes) paraît moins heureux, car le mot cotes réfère à des valeurs explicitement calculées. Enfin, les termes ratio d’incidence approché et risque relatif approché ont aussi été proposés3. Bien qu’ils soient peu usités, ces termes ont le mérite d’être plus explicites que rapport des cotes. En dernière analyse, le comité estime que le terme risque relatif approché est, de toutes les traductions qui ont été proposées jusqu’à présent pour odds ratio, celle qui évoque le mieux la parenté qui existe entre la quantité désignée et un risque relatif. Son emploi est donc recommandé.
1 Falissard, B. (1996) Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie. Masson, Paris, p. 24.
2 Bernard, P.-M. et Lapointe, C. (1995) Mesures statistiques en épidémiologie. Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy, p. 89.
3 Jammal, A., Loslier, G., Allard, R. (1988) Dictionnaire d’épidémiologie. Edisem/Maloine, St-Hyacinthe/Paris, p. 124-125

« Condition » : conditionnez-vous à l’employer à bon escient!

En médecine, le terme anglais condition a un sens plus large que son cousin français condition. Commençons par ce qu’ils ont en commun : dans les deux langues, ils peuvent décrire l’état physique ou la manière d’être d’une personne. Il est donc tout à fait acceptable de dire d’une personne qu’elle est en bonne condition physique. Par contre, condition n’a pas en français le sens de maladie, de mauvais état, de situation fâcheuse ou de terrain miné, comme en anglais. « Condition cardiaque » et « grave condition », pour ne citer que ces deux exemples, sont des anglicismes à éviter.  À partir de maintenant, conditionnez-vous à les bannir de votre langage!

Randomisation et randomisé... peut-on se hasarder à les employer?

Si certains voient encore ces termes comme des anglicismes à éviter, rassurez-vous : ils sont bel et bien passés dans l’usage. Il est donc correct de dire d’un essai qu’il est randomisé ou encore, que la randomisation fait partie du protocole d’une étude. Si vous êtes du type puriste et préférez éviter l’hypallage essai randomisé, il va de soi que vous pouvez aussi opter pour la version longue essai à répartition aléatoire. Mais, attention, n’allez surtout pas dire d’un essai qu’il est aléatoire ni qu’il est réparti aléatoirement, car ce sont les sujets qui sont répartis au hasard ou de façon aléatoire. Bref, vous pouvez dorénavant vous hasarder à employer randomisation et randomisé sans vous sentir coupable!