Les produits laitiers font depuis longtemps l’objet de débats en nutrition, notamment en raison de leur teneur en gras saturés et de leur rôle potentiel dans le développement des maladies cardiovasculaires (MCV). Bien que les recommandations nutritionnelles encouragent la limitation des gras saturés, les données scientifiques récentes suggèrent que leurs effets sur la santé pourraient dépendre davantage de leur source alimentaire et de leur contexte de consommation que de leur seule quantité. Cet article vise à faire le point sur les liens entre les produits laitiers, les gras saturés et la santé cardiovasculaire à la lumière des données actuelles.
Produits laitiers, gras saturés et recommandations nutritionnelles
La majorité des recommandations nutritionnelles à l’échelle mondiale, incluant les lignes directrices canadiennes et les plus récentes recommandations américaines, recommandent de limiter l’apport en gras saturés à moins de 10 % de l’apport énergétique total afin de réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Ces recommandations reposent notamment sur des données solides issues d’études expérimentales chez l’humain démontrant que le remplacement des gras saturés par des gras insaturés entraîne une diminution du cholestérol LDL, un facteur de risque étiologique majeur des MCV.
Les gras saturés sont présents dans une grande variété d’aliments d’origine animale et végétale. Dans les régimes alimentaires occidentaux, leurs principales sources comprennent les aliments ultra-transformés (tels que les produits de boulangerie industriels, les aliments frits, les plats préparés, les croustilles et autres collations ou friandises contenant de l’huile de palme), la viande, ainsi que les produits laitiers entiers. Au Canada et aux États-Unis, les produits laitiers entiers ne représentent toutefois qu’environ le quart de l’apport total en gras saturés, la majorité provenant plutôt des aliments ultra-transformés et de la viande rouge¹.
Données épidémiologiques et cliniques
Les produits laitiers entiers regroupent notamment le lait entier, la crème, la crème glacée, le yogourt, le fromage, le beurre, le kéfir et d’autres produits dérivés du lait. Dans une vaste étude de cohorte prospective incluant 407 531 participants suivis pendant 24 ans et comptabilisant près de 190 000 décès, une alimentation riche en gras d’origine animale, incluant ceux provenant des produits laitiers, était associée à une augmentation du risque de mortalité globale et cardiovasculaire².
Il est toutefois important de rappeler que les études observationnelles ne permettent pas d’établir un lien de causalité. Lorsque l’on examine l’ensemble des essais cliniques randomisés, les résultats suggèrent plutôt que la consommation de produits laitiers entiers aurait des effets modestes sur la santé cardiovasculaire et métabolique, se traduisant principalement par une légère augmentation du cholestérol LDL¹. Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. La majorité des études cliniques disponibles étaient de courte durée, portaient principalement sur de jeunes hommes caucasiens en bonne santé et n’étaient pas spécifiquement conçues pour évaluer le risque cardiométabolique à long terme. Il est donc possible que certaines d’entre elles n’aient pas été suffisamment longues ou puissantes pour détecter des changements cliniquement significatifs.
Importance de la matrice alimentaire
Des travaux plus récents suggèrent que la relation entre les gras saturés et les maladies cardiovasculaires est plus complexe qu’on ne le croyait auparavant. Plutôt que de considérer les gras saturés de façon isolée, le risque cardiovasculaire semble être modulé par la matrice alimentaire dans laquelle ils sont consommés³. Ainsi, les gras saturés provenant d’aliments entiers, comme les produits laitiers, qui fournissent également des protéines, du calcium et d’autres micronutriments, pourraient avoir des effets cardiométaboliques différents de ceux issus d’aliments ultra-transformés.
Par ailleurs, les marqueurs lipidiques traditionnels utilisés pour évaluer le risque cardiovasculaire pourraient ne pas refléter adéquatement le risque réel. Des données émergentes mettent en évidence l’importance de paramètres plus fins, tels que la taille et le nombre des particules de LDL, ainsi que la fonctionnalité et la composition des HDL, qui pourraient offrir une évaluation physiologiquement plus pertinente que le seul taux de cholestérol LDL³.
En conclusion
En conclusion, des recherches supplémentaires sont nécessaires afin de mieux comprendre les associations entre les régimes alimentaires comprenant différentes formes de produits laitiers, contenant des proportions variables de matières grasses, et le risque de maladies cardiovasculaires dans des populations diversifiées présentant des profils de risque distincts. De manière générale, la réduction de la consommation d’aliments ultra-transformés apparaît comme une stratégie efficace pour diminuer l’apport en gras saturés, tout en favorisant une alimentation plus dense en nutriments et de meilleure qualité globale.
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Références
- Lamarche et al (2025) Regular-fat and low-fat dairy foods and cardiovascular diseases: perspectives for future dietary recommendations. The American Journal of Clinical Nutrition; 121:956–64.
- Zhao, Gan et Graubard (2024) Plant and Animal Fat Intake and Overall and Cardiovascular Disease Mortality. JAMA; 184 (10): 1234-1245.
- Dunne et al (2024) The effects of saturated fat intake from dairy on CVD markers: the role of food matrices. Proceedings of the Nutrition Society; 83:236–244.
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