Depuis quelques années, parler de santé s’inscrit dans une dimension plus large, celle du bien-être, axée sur l’individu dans son entièreté. L’Organisation mondiale de la Santé reconnaît même l’approche du bien-être comme outil essentiel de santé publique. Alors qu’elle assure la direction générale de Médecins francophones du Canada (MdFC) depuis déjà huit ans, Nicole Parent valorise cette vision holistique par une volonté d’offrir aux médecins des moyens concrets de soutenir leur propre bien-être et de devenir des modèles pour leur entourage. Elle partage ici sa réflexion.
Des activités uniques pour favoriser l’équilibre
Travailleuse acharnée et dévouée, souvent submergée par la passion liée à son rôle à Médecins francophones du Canada, Nicole Parent avoue qu’elle peine à trouver le temps pour l’exercice ou pour décrocher. « Comme plusieurs, je suis débordée! Pourtant, il y a plusieurs années, je m’impliquais en participant au tour cyclisme de la Fondation Charles-Bruneau, une cause que j’ai grandement à cœur. J’en ai fait sept! Je n’avais pas le choix de m’entraîner, pour être en forme pour l’événement », raconte-t-elle en soulignant la puissance de ce moteur d’un défi concret à relever. Elle trouvait alors le temps à son agenda chargé.
Le sport, pour soigner le corps
Cette motivation, elle l’a retrouvée aux Jeux mondiaux de la médecine de la santé, qui rassemblent plus de 2 000 participants de 40 pays depuis sa création en 1978 et dont Médecins francophones du Canada est un partenaire officiel. « Les premières années, je jouais le rôle de modérateur, uniquement. Mais depuis trois ans, je m’inscris à une discipline sportive. L’enthousiasme à me préparer, à m’entraîner, me gagne rapidement et je trouve le temps », ajoute-t-elle avec élan.
La directrice générale est convaincue que les Jeux mondiaux de la médecine et de la santé, qui auront lieu en juin 2026 en Croatie, demeurent un levier majeur pour le bien-être des médecins. L’événement accueille des participants de tous âges et de tous niveaux de compétition et offre plus d’une vingtaine de disciplines sportives. Médecins francophones du Canada collabore également à l’organisation du Symposium sur la médecine du sport, offert pendant les Jeux.
« Si le prétexte est de se fixer un défi sportif accessible, c’est également une occasion de prendre le temps de se déposer et de se rencontrer entre collègues tout en découvrant un pays ensemble. Venez, en famille, en couple ou même seul, il y a une connexion qui se crée dans ce groupe qui partage sa passion de la médecine et de la santé. Je vous assure que lors de l’ouverture des Jeux, lorsque la délégation avance avec le drapeau du Canada, l’émotion est palpable », promet la fière participante.
L’art et la musique, pour soigner l’âme
Dans cette continuité du bien-être, Médecins francophones du Canada a instauré, en 2018, un programme novateur : des « prescriptions muséales ». Le projet, élaboré en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal, permettait aux médecins d’offrir à leurs patients une occasion unique de profiter des bienfaits de l’art sur la santé par des visites au musée. En décembre dernier, l’Association a réactivé cette expérience originale, cette fois-ci en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts du Canada. Les patients pourront bénéficier de visites virtuelles d’expositions choisies, accompagnés par une présentation guidée. « Il y a quelques années, j’ai vécu un deuil éprouvant et j’ai fait cette expérience de me trouver là, au musée, dans un grand espace de beauté et de solitude. La sérénité du lieu m’a apporté un moment d’apaisement. J’aimerais que d’autres puissent accéder à ces moments de plénitude. »
Toujours avec ce désir d’enraciner sa mission dans cet axe du bien-être, MdFC a lancé il y a quelques mois le programme La musique sur ordonnance, en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Grâce à ce partenariat, les membres de l’Association peuvent prescrire à leurs patients un concert de l’OSM. Chaque médecin dispose de deux (2) prescriptions officielles à remettre lors d’une consultation, permettant au patient d’assister à un concert avec un proche aidant. « Quant à nos médecins membres, ils peuvent profiter d’un rabais de 25 % sur l’achat de billets. Personnellement, la musique fait partie de mon quotidien, elle m’énergise, m’apaise, m’aide à gérer stress et émotions, et me transporte ailleurs. Au-delà des données probantes qui démontrent ses nombreux impacts positifs et concrets sur la santé du corps, ne serait-ce qu’au niveau cardiaque, la musique joue un rôle indéniable sur notre santé mentale. L’art fait partie intégrante du bien-être. »
La force du modèle positif
Pour Nicole Parent, soutenir le bien-être est ainsi essentiel tant pour le médecin lui-même, en favorisant son équilibre dans les différents aspects de sa vie chargée, que pour les patients et la population. « En prenant soin de lui-même, tant par le sport que par les arts, le médecin peut avoir une influence positive dans sa communauté et contribuer indirectement à une meilleure santé globale de la population », croit la directrice générale.
La force d’un modèle positif, c’est de générer un moteur, une motivation qui mène à des résultats significatifs dans l’adoption de saines habitudes de vie, en prévention, et dans le processus de récupération des patients. « Le concept d’apprentissage social, théorisé par Albert Bandura sous le nom d’apprentissage vicariant, montre que l’observation et l’imitation d’un individu crédible et inspirant qui agit comme modèle, permettent d’acquérir de nouveaux comportements », explique la directrice générale de MdFC.
Selon cette théorie, 80 % des apprentissages s’acquièrent par l’observation et sont particulièrement efficaces lorsque le modèle est admiré et qu’il véhicule une pratique exemplaire. « Ainsi, ce type d’apprentissage est spécifiquement puissant quand l’individu peut s’identifier au modèle qui occupe une position de leadership, comme le médecin, et que ce dernier démontre des comportements valorisés socialement. J’aimerais que nous puissions renforcer cette influence des médecins en soutenant leurs habitudes de vie pour un bien-être global, riche et durable. C’est la raison pour laquelle je crois tellement au développement d’activités visant le bien-être. » En effet, tout le monde y gagne.
Pour une reconnaissance plus large de la formation
Le dynamisme de Médecins francophones du Canada en matière de formation continue de qualité est solidement établi. « Évidemment, nous ne sommes pas la seule organisation médicale à offrir des formations pertinentes. Mais notre unicité, c’est cet axe bien-être lié à notre mission. Et ce que je souhaite, c’est que dans un avenir pas trop lointain, l’accréditation de la formation continue ratisse plus large, qu’elle ne se limite pas à l’apprentissage des compétences clinique », plaide Nicole Parent.
Selon la direction générale, le développement professionnel continu (DPC) pourrait également encourager le médecin à prendre soin de lui-même dans une lignée de comportements liés à une santé globale, l’encourageant à intégrer le sport ainsi que d’autres activités de ressourcement qui contribuent au bien-être. En ce sens, plusieurs facultés de médecine ont récemment signé la Charte de l’Okanagan, une charte internationale issue de la Conférence internationale sur les universités et les institutions d’enseignement promotrices de la santé qui s’est tenue en 2015 en Colombie-Britannique. Elle appelle à l’action en visant à « intégrer la santé dans tous les aspects de la culture, de l’ensemble de l’administration, des opérations et des fonctions académiques des institutions d’enseignement supérieur et de mener, dans une perspective locale et mondiale, des projets et des collaborations qui promeuvent la santé afin de construire un avenir durable ».
Pour Nicole Parent, il importe donc de pousser cette réflexion plus loin en soutenant un cadre qui favorise la santé et le mieux-être des individus et, par conséquent, des populations. « Il est essentiel de promouvoir des initiatives qui appuient une approche holistique de la santé, incluant le bien-être dans ses différentes dimensions, et c’est ce que nous tentons de mettre en place, chez MdFC. » Plus encore, insiste-t-elle, il faudrait que les efforts des individus, des médecins et des autres professionnels de la santé, qui deviennent ainsi des modèles inspirants en adoptant des comportements mettant en valeur la santé globale, soient reconnus à leur juste valeur par l’accréditation d’activités plus larges et utiles pour l’ancrage de ces saines habitudes.
« Je crois profondément à cette approche globale de la personne et je rêve du jour où le DPC s’ouvrira à des compétences alignées sur une vision holistique de la santé, au-delà des seules compétences cliniques. Soutenons le développement sous d’autres angles pour un individu en équilibre qui inspire, qui devient un modèle pour sa communauté. Et en attendant, venez vous amuser avec nous aux prochains Jeux mondiaux de la médecine », conclut avec enthousiasme la directrice générale de Médecins francophones du Canada.