Prix de l’œuvre scientifique
Le Dr Denis-Claude Roy, un parcours de réalisations dédié à la thérapie cellulaire

Claudine Auger, journaliste
8 octobre 2020

Il y a trente ans, fraîchement débarqué de Boston où il a réalisé une formation au Dana-Farber Cancer Institute afin de s’initier à la prometteuse thérapie cellulaire, le Dr Denis-Claude Roy fondait le Laboratoire de thérapie cellulaire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), qui a mené à la construction de l’actuel Centre d’Excellence en Thérapie Cellulaire (CETC). Dès la première année, lui et son équipe offraient à leurs patients une nouvelle vie grâce à de thérapies innovantes accessibles via la recherche. Pour le jeune hématologue, tout était à construire. Il s’y est attelé avec une ardeur qui ne s’est jamais démentie.

Du laboratoire à l’humain

Denis-Claude Roy confesse candidement qu’il a pris le chemin de la médecine après avoir songé à une carrière en mathématiques ou en psychologie. En réalité, il cherchait une voie qui lui permettrait d’aider, avec l’ambition, oui, de participer à changer le monde. « Un jour, un ami m’a raconté avoir lu la vie du psychiatre Gustav Carl Jung. Marqué par ce célèbre parcours, il m’a dit: grâce à son bagage de médecin, Jung a réussi à développer de grandes choses pour la santé mentale. » C’était décidé, Denis-Claude Roy serait médecin.

Après son passage à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, la rencontre d’une hémato-oncologue dont la pratique combinait harmonieusement le laboratoire et la clinique lui permet d’envisager une manière de combler tant son plaisir de rencontres humaines que la fascinante exploration des horizons de la science. « La médecine m’offrait la possibilité de comprendre l’humain à ma manière propre », explique celui qui se définit comme un hybride entre le chercheur et le médecin clinicien.

Au début des années 1990, de retour à Montréal après un séjour de plus de deux ans à Boston, il trouvera un lieu de travail où s’épanouir et s’enraciner au Service d’hématologie et de greffe de cellules souches de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). Il est comblé, entre la recherche et le contact humain. « La recherche est passionnante! À l’époque, c’était le début de la thérapie cellulaire, une expression qui n’existait pas encore. Et aujourd’hui, c’est tout aussi exaltant, puisque le traitement des greffons promet une véritable percée en médecine. Ce qui m’anime, ultimement, c’est d’aider de grands malades. J’ai la chance de vivre des relations fortes avec des patients pour qui il est question de vie ou de mort. Dans ces circonstances, on voit les gens sous leur vrai jour », témoigne le Dr Denis-Claude Roy.

En 2006, il prend la direction du Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Cette fonction le motive à positionner le Centre en tant que joueur majeur au plan international dans ses créneaux d’expertise. Sous sa direction, le nombre de chercheurs triple et les fonds de recherche quadruplent. Aujourd’hui, plus de 500 personnes y travaillent avec motivation et dévouement, plusieurs en thérapie cellulaire et médecine régénératrice.

Un créneau spécifique à creuser

Au cours des trois dernières décennies, le chercheur et clinicien s’est donc penché sur l’immunobiologie de la greffe de cellules souches, plus particulièrement sur le traitement des greffons de cellules souches afin d’éliminer les risques de rejet et augmenter leur activité anti-leucémie. Mobilisé par la découverte de nouveaux traitements ciblant le cancer, en 2012, il a mené la réalisation du Centre d’excellence en thérapie cellulaire, un complexe de thérapie cellulaire et génique unique au Canada dont il est le directeur scientifique et médical. L’année suivante, lui et son équipe ont obtenu le financement nécessaire à la fondation de CellCAN, Réseau de médecine génératrice et de thérapie cellulaire, pour la mobilisation des connaissances scientifiques liées aux nouveaux traitements et recherches en cours, ainsi que pour l’établissement des meilleurs standards. Outre ces activités, le dépôt de six brevets, l’enseignement et la publication de nombreux ouvrages scientifiques, il se joint au Dr Lambert Busque pour créer le Centre de Commercialisation en Immunothérapie du Cancer et médecine régénératrice (C3i) qui permet d’accélérer l’accès au marché des innovations pour lutter contre le cancer et de nombreuses autres maladies.

« Pour créer le C3i, nous avons levé quinze millions de dollars et obtenu un montant équivalent de la part du gouvernement fédéral. En travaillant aux volets de biomanufacture et de tests diagnostiques, de recherche clinique et de développement, je suis confiant que d’ici quelques années, nous aurons des traitements québécois misant sur le système immunitaire pour vaincre le cancer, et aussi pour régénérer des cellules cardiaques, celles du cerveau, de l’œil ou d’autres organes endommagés. En ce moment, nous travaillons même sur des approches curatives pour la Covid-19 », s’enthousiasme le chercheur qui désire créer une valeur économique grâce aux avancées en thérapie cellulaire. « Tous ces efforts collectifs, car il y a plusieurs équipes avec moi, donnent au Québec une visibilité nationale et internationale. »

 Un chemin qui porte encore de nombreuses promesses

Avec une telle feuille de route, pas étonnant que Médecins francophones du Canada ait tenu à souligner le parcours du Dr Denis-Claude Roy en lui décernant le Prix de l’œuvre scientifique. « Cette reconnaissance de Médecins francophones est pour moi une grande fierté. C’est un hommage que je partage avec toute l’équipe élargie, car on ne peut développer cette expertise et soutenir l’innovation sans cette passion partagée. J’ai avec moi une équipe entièrement dédiée. Je me souviens d’avoir appelé plusieurs fois des collègues en pleine nuit pour leur demander de l’aide et même de venir rapidement au laboratoire parce que nous devions procéder de façon urgente à la collecte ou la manipulation de greffons. Ils ont toujours répondu avec enthousiasme », témoigne le chercheur, souriant à l’évocation de ces souvenirs. C’est d’ailleurs cette implication de tout le groupe qui a mené à la création récente de l’Institut Universitaire d’Hémato-Oncologie et de Thérapie Cellulaire (IUHOTC) à l’HMR!

Devant ce parcours dans un créneau très pointu, le Dr Denis-Claude Roy est heureux d’avoir participé au développement de la thérapie cellulaire, de ses balbutiements à l’essor que le domaine connaît aujourd’hui. « Nous avons mené à terme plusieurs nouveaux traitements, du laboratoire au centre de manufacture et à la clinique, en passant par la démocratisation de cette innovation auprès des patients et du public », explique le directeur scientifique de C3i et de l’IUHOTC. « Ma motivation est d’aider, concrètement. C’est essentiel, à mon point de vue. Ce qui est formidable, c’est cette chance que j’ai de côtoyer des collaborateurs, une relève de médecins et de chercheurs animés par ce même désir.»