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La cyberdépendance
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Capsule scientifique tirée de la conférence de la Dre Magali Dufour au Congrès annuel de médecine 2018

La cyberdépendance

par Claudine Auger

Alors que la cyberdépendance demeure encore source de débats quant à sa définition même, on reconnaît aujourd’hui cet état de souffrance d’un individu qui a perdu le contrôle de son utilisation d’Internet, que ce soit une obsession liée aux jeux ou aux réseaux sociaux. Les développements s’imposent avec rapidité dans l’univers de cette pathologie émergente. Magali Dufour, chercheuse à l’Institut universitaire sur les dépendances, CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et professeure au Département de psychologie de l’UQAM, fait le point.

Un phénomène récent

« Vous avez probablement le sentiment que votre téléphone est l’extension de votre bras… pourtant, cette technologie est très récente », propose avec humour Magali Dufour. Internet, quoiqu’il obnubile notre quotidien, est un phénomène qui date pourtant d’à peine quelque trois décennies ; l’échange de courriels, quelque vingt ans ; Facebook a émergé en 2004 alors que le iPad partage nos vies depuis seulement 2010. « Quelques années en technologie, c’est plusieurs nouveaux appareils et des centaines de nouvelles applications. Mais il faut garder en tête qu’en sciences, ce court laps de temps ne laisse pratiquement aucun recul pour analyser le phénomène très récent de la cyberdépendance. Est-ce un effet de nouveauté — être fasciné par un nouveau jouet, ou un réel problème de santé mentale ? Demeurons critiques face aux résultats », prévient la conférencière.

Phénomène qui a réellement explosé, Internet gruge de plus en plus de notre temps au quotidien. Selon les données publiées par le Cefrio en 2016 sur l’utilisation d’Internet, les adultes naviguent dans l’espace virtuel plus de 22 heures par semaine, soit 1 h 42 de plus qu’en 2014. Par catégorie d’âges, le groupe des 18-24 ans passe 32,9 heures en moyenne par semaine, en plus du temps à surfer sur leurs appareils mobiles. Quant aux 55 ans et plus, ils consacrent plus de 15,8 heures par semaine à fureter sur Internet.

« Chez les adolescents, hormis les heures scolaires, les garçons passent près de 20 heures – et les filles plus de 16 heures, sur Internet. Mais attention à la relation au temps », insiste Magali Dufour, « il n’y a pas nécessairement corrélation avec la détresse. » On observe aussi une utilisation fortement genrée : alors que les jeux occupent les temps libres des garçons, les filles préfèrent les réseaux sociaux.

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