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Premier d'une série de 6 articles

Des soins de santé dans des bâtiments malades ?

Éric Notebaert, M.D.
Février 2012

Est-ce possible, direz-vous? Certainement, et c’est malheureusement souvent le cas sauf pour de très rares exceptions.

Nous vous proposons donc de commencer l’année 2012 avec une réflexion sur l’impact néfaste de nos centres de santé sur l’environnement. Suivront au cours de l’année une série d’articles portant sur des initiatives heureuses, au Québec comme au Canada, qui visent à améliorer la performance environnementale de nos bâtisses.

IMPACTS DE NOTRE SYSTÈME DE SANTÉ SUR L’ENVIRONNEMENT

Ceux-ci se résument essentiellement en 4 classes :

  1. Problèmes de pollution et écotoxicité
  2. Déplétion des ressources
  3. Contribution aux changements climatiques et atmosphériques
  4. Perte de la biodiversité 

 

  1. Problèmes de pollution et écotoxicité
    Les déchets des Centre de santé et de services sociaux (CSSS) sont complexes. Outre les rebuts généraux, il y a les déchets biomédicaux, une grande quantité de produits chimiques, des déchets pharmaceutiques, cytotoxiques et radioactifs. Plusieurs de ces produits sont des perturbateurs endocriniens. Malheureusement, une part très importante des rebuts solides va encore à l’enfouissement ou est incinérée. Le recyclage est encore assez embryonnaire, et à part les cartons et papiers, peu de choses sont récupérées. Or une très grande quantité de plastiques utilisés dans les CSSS sont d’excellente qualité et ils peuvent très bien être recyclés. Ce que font certains centres maintenant. L’incinération des déchets des centres hospitaliers (CH) produit aussi des dioxines et furanes, composés très toxiques et carcinogènes. Faut-il rappeler que les dioxines sont un des dirty dozen — polluants organiques persistants (POP) de l’OMS? Ils peuvent induire des problèmes thyroïdiens, hépatiques, cardiaques, reproducteurs, d’apprentissage et immunitaires. L’incinération médicale cause 16 % des dioxines atmosphériques au Canada.
  2. Déplétion des ressources
    Les centres hospitaliers consomment plus d’énergie que toutes les bâtisses institutionnelles et commerciales.  Au Canada, 62 % de l’énergie d’un centre hospitalier va au chauffage et à la climatisation. Lors d’une comparaison de la consommation d’énergie des hôpitaux d’une dizaine de pays développés des hémisphères nord et sud, c’est le Canada qui a fait la moins bonne figure. Par ailleurs, la mentalité du « tout jetable » s’est bien incrustée dans nos habitudes. Mais ceci change peu à peu. Certains CH retournent maintenant au matériel chirurgical (blouses et draps) lavable et stérilisable, car les coûts sont équivalents et l’impact environnemental nettement meilleur.
  3. Contribution aux changements climatiques et atmosphériques
    Les CSSS produisent aussi une multitude de polluants atmosphériques. Oxydes de soufre, d’azote, particules fines, ozone de basse altitude et gaz à effet de serre (GES). On estimait il y a déjà 10 ans que le système de santé contribuait pour plus de 2 % des GES au Canada. Ce chiffre est certainement plus élevé maintenant. Certains auteurs ont avancé le chiffre de 8 %. En polluant l’air de cette façon, notre système de santé contribue donc directement à la hausse et de la morbidité et la mortalité pulmonaire et cardiaque et à une foule d’autres problèmes de santé.
  4. Perte de la biodiversité
    Des techniques de construction de CSSS peu responsables utilisent parfois du bois de forêts mal gérées, ici ou ailleurs. Or ceci est un exemple de consommation irresponsable qui peut contribuer à la perte de la biodiversité, phénomène très inquiétant auquel on assiste actuellement. La biodiversité a évidemment une importance fondamentale. C’est ce qui assure la survie de l’humanité, mais c’est aussi à la base de la recherche sur de nouveaux produits et médicaments.

 

LES 7 RECOMMANDATIONS DE L’OMS

L’OMS a produit un document très  intéressant en 2008 : HEALTHY HOSPITALS-HEALTHY PLANET / How the health sector can reduce its climate footprint. On y identifie 7 domaines où l’on peut agir afin d’améliorer les centres de santé :

  1. Viser l’efficacité énergétique : diminuer la consommation et modifier les systèmes.
  2. Bâtir vert : concevoir des bâtisses adaptées au climat, afin de réduire les demandes en ressources et en énergie.
  3. Utiliser des sources d’énergie alternatives : solaire, géothermie, éolien, etc.
  4. Travailler sur les transports : favoriser les transports en commun et actifs.
  5. Travailler sur l’alimentation : favoriser les sources locales et biologiques.
  6. Travailler sur la question des rebuts :  réduire, réutiliser, recycler, composter. Éviter au maximum l’enfouissement et l’incinération.
  7. Revoir toute la gestion de l’eau : éviter le gaspillage. Éviter l’eau en bouteilles si possible. 

QUELQUES EXEMPLES INTÉRESSANTS

Dans les articles qui suivront, nous décrirons plusieurs exemples fort intéressants de CH  québécois et canadien qui ont soit diminué leur consommation d’énergie, soit leur production de rebuts de façon spectaculaire. Nous vous présenterons aussi des milieux qui ont travaillé sur la question du transport du personnel et des hôpitaux qui retournent au matériel de salle d’opération lavable et stérilisable. Il y a de plus en plus de centres qui chauffent en géothermie ou avec la biomasse et des CSSS qui font du compostage. Nous présenterons des projets intéressants de recyclage des plastiques de CH, ou encore des projets dans la communauté tels que celui de la plantation d’arbres autour des bâtisses d’un CSSS.

Concevoir des bâtisses plus vertes fait certainement partie d’un de nos devoirs de médecin de ne pas nuire aux gens, mais cela fait aussi partie de notre responsabilité comme individu face à aux générations futures qui méritent d’hériter d’une planète vivable.