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Pour un million de francophones hors Québec

La santé et le mieux-être en français

Mars 2013

La langue et le professionnel de la santé : une question de qualité et de sécurité

Les codes d’éthique des ordres professionnels tiennent compte de la communication et du langage. Que ce soit pour expliquer un traitement au patient, obtenir un consentement éclairé ou s’abstenir d’exercer sa profession dans des circonstances qui détériorent la qualité des services offerts, la langue est une question d’éthique! Et ce phénomène devient encore plus prononcé dans un contexte où les professionnels encouragent les individus à prendre leur santé en charge. Mais qu’en est-il des services de santé pour les francophones hors Québec et en particulier en Colombie-Britannique ?

La communauté francophone de la Colombie-Britannique

La communauté francophone de chez nous est à la fois petite et grande, selon notre perspective. Comptant plus de 70 000 personnes, elle occupe le quatrième rang au Canada, après le Québec, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, mais elle ne représente que 1,6 % de la population de la Colombie-Britannique. Mais alors que le français occupe le neuvième rang des langues parlées à la maison dans la province, le français se classe au premier rang des langues parlées par les médecins après l’anglais, en raison du grand nombre de francophiles que l’on retrouve chez nous. Par conséquent, alors qu’on observe une norme d’à peu près deux médecins par tranche de 1 000 personnes au sein d’une population partout dans le monde (voir la figure), la Colombie-Britannique offre un potentiel de plus de huit médecins par tranche de 1 000 habitants francophones !

 *  Nombre de médecins parlant français par Franco-Colombien

Cependant, notre communauté ne se prévaut pas de cet avantage. Pourquoi?

Le potentiel latent des services de santé en français en Colombie-Britannique

Plusieurs facteurs contribuent à la carence de services en français chez nous : le manque d’information, la grandeur du territoire, ou le défi de trouver des professionnels de la santé parlant français dans un milieu minoritaire et immigrant; en fait, les médecins parlant français chez nous portent souvent des noms comme Baker, DeMarco, Geerts, Ibrahim ou Shaw. On observe aussi des contraintes perceptuelles tant du côté de la population que du côté des professionnels de la santé. Selon Forgues, Bahi, et Michaud (2012) les contraintes qui préviennent la prestation des services en français dans quatre hôpitaux en milieu dominant anglophone sont, par ordre d’importance :

1- Les attitudes des anglophones ;
2- Les attitudes des professionnels francophones et francophiles ; et
3- Les attitudes des francophones. Du côté des anglophones, on n’est pas enclin à reconnaître le droit des francophones de recevoir des services en français, surtout pour les francophones qui sont bilingues, pour les raisons suivantes :

« On comprend mal comment, dans un contexte multiculturel, on fait plus d’efforts pour les francophones que pour les autres minorités ethniques. On met ainsi sur le même pied d’égalité le droit des immigrants et celui des francophones, oubliant l’existence de la Loi sur les langues officielles. Le droit des patients de recevoir des services en français se définit dans une perspective de gestion : la langue de communication ayant une influence certaine sur la qualité des soins offerts, il n’y a pas de différence entre un patient francophone et un nouvel arrivant qui parle une autre langue que l’anglais. » (p. 13).

Dans ce contexte, il est important de faire valoir une particularité qui distingue la communauté francophone des autres minorités canadiennes. De par son histoire et son statut de nation fondatrice, la communauté francophone a obtenu des droits linguistiques nationaux qui appuient son ambition de « faire société en français partout au Canada » (Tremblay 2012).Cette ambition est au cœur de la vitalité communautaire de plus d’un million de francophones en situation minoritaire au Canada. Nous encourageons donc les professionnels de la santé parlant français à adopter une approche proactive pour augmenter l’offre de services de santé de qualité en français partout au Canada. L’offre active peut ainsi favoriser le bien-être et l’intégrité de cette communauté, quel que soit le statut de la langue française dans cette province ou ce territoire. Protégeons nos acquis en nous en servant : la santé de leur avenir en dépend!  

Offrez vos services en français !

 

Forgues, Éric, Boniface Bahi, et Jacques Michaud, « L’offre de services en français en contexte francophone minoritaire », rapport, Ottawa, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, 2011, 182 p.

Thériault, Joseph Yvon, « Le difficile chemin de l’autonomie », Minorités linguistiques et société, no 1, 2012, p. 37-50.