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Point de vue — Dre Marie-Françoise Mégie, sénatrice

Francophonie canadienne, un combat à poursuivre

Par Claudine Auger

Recul de la francophonie ?

La crise linguistique déclenchée par l’annonce du gouvernement Ford d’abandonner le projet d’une université francophone à Toronto et de dissoudre le Commissariat aux services en français met en évidence, et avec force, les difficultés que vivent les francophones en situation minoritaire au Canada. Un recul incontestable selon Dre Marie-Françoise Mégie, qui siège depuis déjà deux ans au Sénat, et qui refuse de baisser les bras. « Je pense plutôt que l’adversité activera la force de combattre d’une francophonie qui n’est pas unique au Canada, mais diverse et porteuse de ressources. »

Elle-même d’origine haïtienne, arrivée au Québec en 1976, à l’époque effervescente d’une nation en quête de reconnaissance, la présidente sortante de Médecins francophones du Canada est allée de surprise en surprise quant à la place du français dans un pays officiellement bilingue. « En arrivant au Québec, je croyais que le français était acquis ! J’ai rapidement compris qu’il y avait réellement une lutte à poursuivre », se rappelle la sénatrice. En tant que membre de Médecins francophones du Canada, Dre Marie-Françoise Mégie a ensuite suivi avec intérêt le combat acharné de ses compatriotes ontariens pour préserver l’Hôpital Montfort. « Une fois de plus, les événements me permettaient de réaliser la situation précaire du français à l’extérieur du Québec. Rien n’est gagné d’avance. »

Entre bilinguisme et identité linguistique

Toujours engagée, sans cesse étonnée, la sénatrice avoue avoir constaté avec surprise que même dans la capitale nationale, il y a encore aujourd’hui, une certaine résistance envers le français et le combat persiste pour faire d’Ottawa une ville réellement bilingue. Membre du Comité sénatorial permanent des langues officielles, Dre Mégie participe au projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui aura 50 ans en 2019. À travers les diverses rencontres qu’exige ce vaste projet, elle a pu constater que nombre de plaintes concernent notamment les organismes gouvernementaux eux-mêmes : « Les défis pour un fonctionnaire fédéral de pouvoir travailler en français dans l’appareil gouvernemental et pour un citoyen de recevoir des services en français dans un bureau fédéral, partout au pays, sont encore aujourd’hui très nombreux. C’est la réalité. » 

Ces défis de la place du français dans notre société canadienne touchent également les juridictions provinciales. Dre Mégie soulève l’exemple du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada, pourtant confrontée à la pleine reconnaissance de la dualité linguistique, et où les droits linguistiques des francophones semblent plus encore aujourd’hui menacés. « La dualité linguistique, ce n’est pas seulement une question de bilinguisme, mais bien la reconnaissance de droits égaux en ce qui concerne les institutions de ces deux grandes communautés linguistiques et culturelles anglophone et francophone dans cette province. Le français n’est pas une langue seconde au Nouveau-Brunswick, elle est égale à l’anglais dans ce contexte. Au Nouveau-Brunswick, comme dans toutes les provinces majoritairement anglophones, la répartition des ressources est déficiente et les droits des minorités francophones doivent être défendus plus que jamais. Les gouvernements se réfugient trop souvent devant l’excuse que le nombre ne justifie pas les ressources. À cet égard, il faut leur rappeler leurs obligations constitutionnelles. »

Devant « cette montagne à gravir », comme elle décrit le combat des francophones à travers le pays, Marie-Françoise Mégie demeure optimiste. « La lutte est loin d’être terminée ! Mais la motivation de continuer nous permettra d’aller de l’avant, j’en suis convaincue. La langue et la culture francophones enrichissent le Canada. Travaillons ensemble pour en assurer la pleine reconnaissance ! »