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Capsule scientifique tirée de la conférence des Drs Louis Thériault et Chantal Arsenault - Congrès annuel de médecine 2016

Notre collègue qui nous épuise

par Claudine Auger

Animée de sketches humoristiques mettant en scène les conflits potentiels qui secouent le quotidien, la conférence des Drs Louis Thériault et Chantal Arsenault aura certainement fait impression sur les participants du Congrès annuel de médecine 2016… illustrant avec efficacité l’origine de ces possibles hostilités et des solutions pour les neutraliser.

 
Le médecin en devenir
Comme l’explique d’entrée de jeu le Dr Louis Thériault, la construction de la personnalité est un processus complexe et largement inconscient attaché aux identifications précoces et tardives à des figures qui auront marqué l’individu. « Malgré la résolution de l’Œdipe à l’enfance — cette petite histoire du gamin amoureux de sa maman, voguant de l’hostilité à l’identification — il semble réapparaître chez l’étudiant en médecine qui désire remplacer son enseignant », explique le psychiatre de Moncton. En route vers l’identité médicale, l’étudiant cible son professeur comme véritable figure identificatoire, aspirant ou non à lui ressembler. Un étudiant en difficulté, ou devant un enseignant lui-même en conflit, risque d’emprunter les couloirs du névrotisme, de l’immaturité, bref de développer une structure psychique inapte à la profession médicale malgré des capacités intellectuelles suffisantes. 
 
La construction de l’identité du futur médecin traverse également le miroir du patient : « La constitution du MOI professionnel intègre l’expérience douloureuse de la maladie, le “je” s’identifie au malade par sympathie, au lieu d’empathie. Plus ou moins consciemment effrayé par les diverses pathologies possibles qu’il découvre, l’étudiant en médecine croit être atteint d’une maladie étrange et grave qui le convainc de ses prouesses médicales alors qu’il développe l’expertise et les compétences pour traiter cette maladie imaginaire rare. » Cette traversée permet le passage de l’ancienne personnalité à celle du médecin. Transition fondamentale, l’étudiant abandonne l’identification au malade dans une gestion du contre-transfert le menant à être ce partenaire actif qui fait de lui un bon médecin. Bref, mieux comprendre la genèse de la personnalité du médecin facilite le rapport entre professionnels. Par ailleurs, les qualités qui guident le choix des candidats en médecine et nécessaires à l’entraînement, personnalité compétitive, perfectionniste, anxieuse et performante, sont-elles toujours utiles dans le quotidien de la pratique établie ?

 

Conflit : stratégie de résolution

Conflit générationnel

Le contexte de pratique s’est entièrement métamorphosé en quelques décennies à peine, au rythme de bouleversements sociaux accélérés : « Alors que le bon docteur était estimé de la société qui ne doutait pas de ses gestes cliniques, aujourd’hui, les patients magasinent leurs docteurs et entament des poursuites judiciaires, un concept impensable il y a trente ans ! Le contrat social a été dissous. Le médecin doit désormais se montrer flexible et résilient, et miser sur le leadership collaboratif », note le Dr Thériault. Alors que les valeurs du sacrifice ont été remplacées par celles de l’individualisme, et que la médecine est passée d’une vocation à une profession, on imagine le fossé générationnel entre collègues de la vieille garde et la relève. 
 
Dans un univers où l’accès à l’information participe à déprécier le rôle du médecin, où la bureaucratie alourdit un système essoufflé et où les débouchés d’emplois suivent la tendance de la précarité, la génération Y, ouverte sur le monde, qui ne craint pas le changement et recherche équilibre et plaisir dans le travail, vogue aisément sur ces nouvelles conditions de pratique. « Les jeunes médecins veulent façonner leur personnalité médicale. Ils n’apprécient pas l’autorité, mais acceptent la rétroaction et respectent les modèles inspirants. Les enseignants doivent donc communiquer des valeurs de professionnalisme qui incluent les nouvelles valeurs. Les discours moralisateurs ne sont pas très constructifs », précise Dre Arsenault.