Recherche

Capsule scientifique tirée de la conférence du Dr John Sader au Congrès annuel de médecine 2017

Lumière sur l’hyperphagie boulimique

par Claudine Auger

Depuis 2013, reconnue comme trouble alimentaire distinct de l’anorexie mentale et de la boulimie par le DSM-5, l’hyperphagie boulimique – renommée à cette occasion Accès Hyperphagiques (AH), n’en demeure pas moins mal connue, mal comprise, mal traitée. Son lot de souffrance et de détresse vaut largement qu’on s’y intéresse, selon le Dr John Sader, médecin de famille œuvrant auprès de patients atteints de dépendances et de troubles alimentaires. Voyage en pays alimentaire trouble.

Premier article d’une série de deux.

L’hyperphagie boulimique, un trouble à part entière

Alors que les anorexiques et les boulimiques craignent la prise de poids et utilisent des moyens compensatoires, chez les personnes atteintes d’Accès Hyperphagiques (AH), la compulsion prime sur le gain corporel. Le patient qui souffre de AH « mange bien, prend ses trois repas par jour, mais lorsqu’en soirée, il se sent seul et frustré, il mange sans pouvoir s’arrêter », explique le Dr John Sader, certifié dans le traitement des dépendances. « Contrairement aux anorexiques ou boulimiques nerveux qui ont une peur excessive de prendre du poids, ils ne vont pas sauter de repas ni prendre de laxatifs ou se faire vomir, ils ne s’imposent pas de restriction alimentaire persistante et n’adoptent pas de comportements compensatoires inappropriés récurrents. »

Par ailleurs, l’obésité — qui n’est pas considérée comme un trouble mental par le DSM-5, est trop souvent confondue avec le AH. Seulement 40 % des patients atteints de AH sont obèses, car la majorité d’entre eux, sans se faire vomir, réussissent à contrôler leur poids, notamment en bougeant davantage. La plupart des obèses, quant à eux, ne font pas d’excès alimentaires récurrents. « Les études sur les comportements alimentaires montrent que les adultes obèses atteints d’Accès Hyperphagiques consomment plus de calories que les adultes obèses appariés selon le poids ne souffrant pas de ce trouble, et qu’ils présentent une incapacité fonctionnelle plus importante, une plus grande détresse subjective, une qualité de vie inférieure et un plus grand nombre d’affections psychiatriques coexistantes. »