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Capsule scientifique tirée de la conférence du Dr John Sader au Congrès annuel de médecine 2017

Lumière sur l’hyperphagie boulimique (partie 2)

par Claudine Auger

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Depuis 2013, reconnue comme trouble alimentaire distinct de l’anorexie mentale et de la boulimie par le DSM-5, l’hyperphagie boulimique – renommée à cette occasion Accès Hyperphagiques (AH), n’en demeure pas moins mal connue, mal comprise, mal traitée. Son lot de souffrance et de détresse vaut largement qu’on s’y intéresse, selon le Dr John Sader, médecin de famille œuvrant auprès de patients atteints de dépendances et de troubles alimentaires. Voyage en pays alimentaire trouble.

Deuxième article d’une série de deux .

Quand l’environnement est fertile

Il y a d’abord l’hérédité qui entre en jeu. « Dans trois études distinctes, le taux d’héritabilité estimé de l’Accès hyperphagiques (AH) se situait entre 41 et 57 %1», énonce le Dr John Sader. Outre ces facteurs génétiques, qui peuvent expliquer l’existence de différences neurobiologiques dans le centre de récompense du cerveau, des facteurs environnementaux, dont le stress et les traumatismes, contribueraient au développement de la maladie, ou y seraient corrélés. « Les variations de dopamine auraient une forte composante génétique, alors que les variations de l’endorphine ou la noradrénaline seraient davantage influencées par une composante expérientielle. Ainsi, de nombreux déménagements, de l’intimidation ou des parents qui se querellent constamment, autant d’expériences qui peuvent générer de l’anxiété chez un enfant et ancrer chez lui une inquiétude constante, risquent d’entraîner un dérèglement des récepteurs, un chemin pouvant mener à la dépression », explique le conférencier.

Plus tard, ces jeunes adultes vulnérables – l’âge moyen de l’apparition d’un trouble d’AH serait de 23 ans, sont à risque de vivre des épisodes de compulsion alimentaire déclenchés par des émotions négatives (notamment les remords), le stress, l’ennui, une mauvaise image de soi ou des restrictions alimentaires. « L’automutilation, par exemple, stimule les endorphines, une bonne raison de devenir accro. Le stress, aussi, est un déclencheur important pour ces patients qui le gèrent difficilement. La compulsion est leur manière de “ravaler” des situations de souffrance », illustre le Dr Sader. À noter, le trouble d’AH touche des personnes de différentes tailles, dont le quart aurait un poids normal.

[1]Kessler RM, et al. Neurosci Biobehav Rev 2016; 63 : 223-38.