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Le pouvoir des mots (partie 2)

par Claudine Auger

Auteur du programme Initier un changement de comportement en 3 minutes, récipiendaire du Osler Award décerné par le Collège Royal Canadien des médecins et chirurgiens pour son engagement dans le développement professionnel continu auprès des médecins, et avec plus de 1400 conférences au niveau national et international à son actif, le Dr Jacques Bédard comprend les mystères et résistances du changement. Il livre ici les bases permettant de conduire ses patients sur le long chemin de l’adoption de meilleures habitudes de vie. Deuxième de deux articles.

Entre conviction et confiance
Ayant su jauger la motivation de son patient et après avoir minutieusement évalué l’endroit où il se situe dans son cheminement vers le changement d’habitudes de vie, le Dr Jacques Bédard se concentrera à le guider vers la prochaine étape, s’appuyant sur le modèle de Prochaska. Mais le succès passe aussi, inévitablement, par la confiance qui porte le patient dans sa démarche, et par sa conviction en sa capacité à mener le changement. (Modèle de Miller Rollnick)

« J’évalue le niveau de conviction cognitive et affective en demandant au patient : “Quels seraient les avantages de/à… ?” (perception des avantages à changer) Quant à la barrière-solution, je demande au patient s’il pense être capable de mettre en œuvre la stratégie qu’il a choisie (capacité à changer) », explique le conférencier. La combinaison des concepts des modèles Prochaska et Rollnick constitue un outil puissant qui détermine infailliblement le stade réel du patient sur lequel sera modulé le scénario d’intervention spécifique. À noter, les trois premiers stades de Prochaska sont déterminés par le niveau conviction du modèle de Miller Rollnick, alors que la confiance (barrière-stratégie) correspond aux derniers stades de Prochaska.

« Les patients peuvent ne pas donner le bon stade. Mais les niveaux de conviction sont l’image en miroir des trois premiers stades de Prochaska. Une conviction modérée est une conviction cognitive (entre 4 et 6 sur 10), soit un concept abstrait appris. Par exemple, quand le patient me dit : “Si j’arrête de fumer, ma santé sera meilleure.” Une conviction faible est une conviction cognitive à laquelle le patient ajoute un “peut-être”. Par exemple, il dira : “Si j’arrête de fumer, ma santé sera peut-être meilleure.” Lorsqu’on entend “peut-être”, on divise par deux le niveau de conviction. Finalement, la conviction élevée (entre 7 et 10 sur 10) est la perception d’avantages personnels positifs émotifs. C’est une conviction affective qui s’ajoute à la conviction cognitive. Le niveau de conviction détermine le stade réel du patient. Il ne peut pas le cacher ! »

« Parce qu’il ne faut pas espérer passer plusieurs stades en une seule consultation. Le patient serait trop fragile », précise le Dr Bédard, soulignant l’importance de la patience dans ce type d’accompagnement. En outre, il importe de noter qu’il ne faut jamais intervenir sur plusieurs fronts à la fois. « On cible un seul comportement à la fois en demandant au patient celui où il perçoit le plus d’avantages. Car c’est celui où il est le plus avancé dans sa motivation. Ce n’est donc pas moi, professionnel de la santé, qui choisit ! Même si je juge que personnellement, tel comportement est plus nuisible qu’un autre. J’accompagne le patient là où il est le plus près de se mettre en action. »