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La fragilité chez la personne âgée

par Claudine Auger

Dans une vingtaine d’années à peine, les aînés représenteront près de 25 % de la population. La volonté d’optimiser la qualité de vie et l’autonomie de cette tranche grandissante de notre société devient, dans ce contexte, une préoccupation quotidienne pour les professionnels de la santé. Un des grands défis de la gériatrie demeure l’évaluation de la fragilité d’une personne âgée. Directrice du programme d’aide aux personnes âgées du Geriatric Day Hospital et membre de l’équipe du Département des soins aux personnes âgées des Soins continus de l’Elizabeth Bruyere Hospital, Dre Véronique French-Merkley partage quelques notions essentielles pour une pratique maximisée.

Concept fondateur de gériatrie
Si elle est difficile à définir, la fragilité chez la personne âgée s’inscrit tout de même en concept fondateur en gériatrie. Elle se caractérise par une incapacité à vivre un événement aigu tout en maintenant un niveau de vie fonctionnel. La fragilité, intrinsèquement liée à l’âge, diffère du vieillissement normal, quoiqu’elle interagisse notamment avec les maladies chroniques. Parfois difficile à identifier, à cause de sa présentation subtile, de son évolution progressive et d’une formation médicale plutôt axée sur une évaluation des conditions spécifiques que sur un état de vulnérabilité global, la fragilité des personnes âgées est un syndrome clinique associé à certaines maladies, quoiqu’elle puisse survenir sans manifestation précise. Modulée par la comorbidité, les facteurs psychosociaux, économiques et comportementaux, la fragilité diminue les réserves physiologiques et rend l’adaptation au stress plus difficile. Néanmoins, cette condition qui augmente le risque de mortalité, d’incapacité, de chutes et d’hospitalisation est potentiellement réversible.

Phénomène commun, la fragilité augmente avec l’âge : « Chez les 65 ans et plus, elle atteint une personne sur dix, alors qu’après 85 ans, c’est un aîné sur quatre », précise Dre Véronique French-Merkley. En outre, certaines comorbidités augmentent sa probabilité, notamment chez les aînés souffrant d’insuffisance cardiaque, de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) ou d’insuffisance rénale modérée ou sévère. « D’où l’importance du dépistage, qui permet d’agir, de mettre en place des mécanismes de défragilisation, ou simplement d’intervention préventive, pour le plus grand bénéfice des individus à risque », juge la conférencière.