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Tirée de la conférence du Dr David Nash

L'implication du patient comme responsable de sa santé

par Claudine Auger

Le constat d’échec

Aux États-Unis, le budget consacré aux soins de la santé équivaut à quatre fois les dépenses militaires. Il est deux fois plus élevé que celui du Canada. Pour David Nash, médecin, détenteur d’une maîtrise en administration des affaires et professeur au Jefferson School of Population Health, il est possible d’améliorer les soins en réduisant significativement les coûts et les erreurs médicales.

Conférencier invité au colloque Planetree ayant eu lieu en octobre dernier au Palais des congrès de Montréal, Dr Nash témoigne des problématiques inquiétantes du système de santé américain : « Il y a 11 ans, j’avais un mal de dos terrible. Je suis médecin, marié à un médecin. Et pourtant, nous nous demandions tous deux où je pouvais bien aller pour traiter mon mal. Comment trouver un médecin de confiance? J'ai finalement choisi l'hôpital où je pratique et j'ai décidé d'aller rencontrer l’infirmière responsable des soins opératoires de l’hôpital: je voulais rencontrer l’équipe qui allait me soigner. L’infirmière a failli s’évanouir. Personne n’avait jamais fait une telle démarche… »

Plusieurs médias font état de ce constat d’échec, provoquant le tollé général avec des phrases comme celle du célèbre Wall Street Journal qui titrait son édition du 21 septembre 2012 : « How to stop hospitals from killing us ».

Selon David Nash, la piste de réflexion la plus prometteuse exige de se concentrer sur la population. Qu’est-ce qui est important pour le patient? Comment l’impliquer dans la solution?

La solution : un patient responsable

David Nash suggère la prévention comme maître d’œuvre. Il propose une réforme en bonne et due forme des habitudes de vie. Mais le chemin à parcourir pour changer cette vision s’annonce long. Très long. Aux États-Unis, rien n’incite le patient à se responsabiliser face à sa santé. « Pourtant, en réalité, environ 15 % seulement de notre santé dépend des soins médicaux. Le reste est entre nos mains », souligne Dr Nash. En outre, explique-t-il, un des défis majeurs est lié au statut économique : « Notre code postal définit notre état de santé. »

Par une suite de mesures liées à enraciner un changement dans l’approche des soins de santé publique, dont la création d’un organisme chargé de la promotion du bien-être et de la prévention soutenu par un fonds destiné à la santé publique et la mise en place d’un ensemble de bénéfices pour implanter des services de gestion de la prévention, David Nash soulève une voie de solution pourtant déjà discutée par des acteurs du milieu de la santé d’ici. Complexe à implanter et se heurtant à nombre d’obstacles. Il s’agit ici de changer radicalement une culture de soins, menant le patient à prendre lui-même contrôle de sa santé, à changer ses habitudes de vie afin de les axer sur la prévention.

Convaincre le corps médical

Selon lui, ce changement de culture profiterait de la philosophie prônée par Planetree : « Pour implanter Planetree, il faut s’engager avec les patients. Il faut aussi développer de nouvelles compétences, de nouvelles mesures pour vérifier les résultats, et des études sur l’implantation de Planetree et sur l’impact concret de l’implication du patient. » Malheureusement, comme l’évoque M. Nash, dans les facultés de médecine, on n’enseigne pas aux futurs médecins les piliers de l’humanisation des soins.

Comment convaincre les professeurs de la santé d’adopter Planetree dans leur enseignement? « En constituant des histoires de cas réelles, en produisant des recherches et des statistiques économiques qui mesurent l’impact positif de l’humanisation des soins », énonce David Nash. Bref, en illustrant qu’avec l’humanisation des soins qui implique le patient comme un partenaire, tout le monde est gagnant.

 

* Traduction libre des propos tenus par le conférencier, David Nash, lors de sa présentation au Colloque de Planetree, le 8 octobre 2013.