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Capsule scientifique tirée de la conférence du Dr Paul Poirier au Congrès annuel de médecine 2017

L’entraînement : dangereux pour le cœur ?

par Claudine Auger

L’exercice, on en vante les mille et une vertus. En soi, rien de dangereux. C’est la manière de pratiquer l’exercice et de l’intégrer à sa vie qui crée les risques. Le Dr Paul Poirier, responsable du secteur de prévention/réadaptation cardiaque à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et professeur à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, trace ici un portrait des patients sportifs de haut niveau/athlètes et partage son expérience de la mort subite, un phénomène rare, mais très médiatisé. 

Entre l’athlète de compétition et le sportif récréatif

On parle d’athlète de compétition dans le cas d’un individu qui s’entraîne plus de dix heures par semaine et qui participe à une équipe organisée ou à un sport individuel nécessitant une compétition régulière. Ce dernier se soumet à une forme d’entraînement systématique et habituellement intense, en général sous la direction d’un coach. Le sport récréatif se distingue du sport de compétition par la capacité et la liberté du participant à juger de la prudence de diminuer ou de cesser l’effort physique.
 
Le Dr Paul Poirier, qui a vu son lot de surentraînements chez ses patients pratiquant un entraînement soutenu, explique que le corps subit des adaptations cardiovasculaires normales chez les athlètes : diminution de la pression artérielle, bradycardie, bloc atrio-ventriculaire de 1er degré, hypertrophie ventriculaire gauche, pas de grand changement dans la fréquence cardiaque maximale ou tension artérielle maximale. Bref, chez un athlète, la fréquence cardiaque peut atteindre 30 battements par minute au repos, la nuit, sans être anormale — alors que par ailleurs, le cœur bat entre 50 et 80 pulsations par minute au repos. L’entraînement développant la capacité du système cardiovasculaire à faire circuler le sang, la fréquence cardiaque de l’athlète est grandement diminuée et ce phénomène est normal. 

« Pourtant, l’exercice intense peut mener à l’infarctus du myocarde, et la majorité des incidents surviennent généralement une heure après un entraînement d’intensité élevée. Après quatre heures, le danger est écarté. Par ailleurs, le risque demeure faible et les incidents sont aussi rares que celui de gagner à la loterie ! Il y a évidemment beaucoup plus de bénéfices à faire de l’exercice, pour ses effets cardiovasculaires protecteurs, que d’être sédentaire », insiste avec force le conférencier, qui encourage 150 minutes d’exercice hebdomadaire. « Mais il faut être progressif et réaliste dans ses objectifs : le patient sédentaire depuis toujours qui se réveille à 50 ans avec l’ambition d’un marathon l’an prochain, c’est non ! »