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Capsule scientifique tirée de la conférence d'Olivier Bernard au Congrès annuel de médecine 2017

Comment sauver les patients du Dr Google

par Claudine Auger

Olivier Bernard, alias le Pharmachien, détenteur d’une maîtrise en génétique moléculaire, pharmacien à temps partiel ayant œuvré quelques années dans l’industrie pharmaceutique, est un communicateur scientifique dont la verve aiguisée et colorée s’attaque à la désinformation et la pseudoscience. Aux professionnels de la santé, il offre des formations leur permettant d’affronter Dr Google — moteur de recherche utilisé par les patients pour s’auto diagnostiquer — et ainsi discuter de manière constructive avec des patients qui étalent de fausses croyances.

Le jour où les réseaux sociaux ont créé un monstre

À une époque pas si lointaine, les patients s’adressaient aux professionnels de la santé comme à des experts. Aujourd’hui, il n’est pas rare que ces mêmes patients, ayant accès comme jamais à une information pêle-mêle de sources diverses, arrivent au comptoir du pharmacien ou au bureau de leur médecin avec une opinion arrêtée sur leur état de santé et du traitement favorable. Opinion construite à partir d’information non validée, parfois farfelue, entièrement appuyée sur des échanges attrapés ici et là sur la grande toile. « Dr Google, c’est n’importe qui écrivant quelque chose sur la santé, et faisant circuler ce faux savoir sur les réseaux sociaux. L’an dernier, par exemple, il y a eu cette histoire de résidus de pesticides dans le coton utilisé pour la fabrication des tampons, alarmant les femmes devant les dangers de leur utilisation. Voilà qui est propice à la dérive, tout le monde propose des solutions… des billes à bases d’herbe pour désintoxiquer l’espace vaginal, par exemple, offertes à des prix variant entre 15 et 75 $ », illustre Olivier Bernard.

On l’observe, les jeunes, qui nourrissent leur besoin d’actualité par les réseaux sociaux, ne fréquentent pas les médias traditionnels qui avaient, il n’y a pas si longtemps encore, la responsabilité de vérifier rigoureusement les faits. Selon Olivier Bernard, ce fouillis d’information peut devenir anxiogène, sans parler du scepticisme qu’il entraîne, notamment devant les interventions suggérées par les professionnels de la santé. « Comment lutter contre la mauvaise information, quand le but n’est pas nécessairement de propager une information erronée, mais parfois seulement de se distinguer par une touche de sensationnalisme ? »

Les conséquences de l’influence de Dr Google ne sont pas bénignes. « Prenez l’exemple commun de cette patiente qui retourne chez elle avec votre prescription. Elle consulte Dr Google pour en savoir davantage sur le médicament et devant les renseignements récoltés, abandonne son traitement. » Ignorer ces informations tirées de sources plus ou moins valides risque de buter le patient qui ne se sent pas écouté. À ce jour, de plus en plus de patients doutent des interventions de leur médecin. « On a vu dégringoler le taux de confiance des patients envers les professionnels de la santé de 15 % depuis 2007 », fait remarquer le Pharmachien. Alors, comment utiliser la désinformation à son avantage ?