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Ce mystérieux monde du placement...

Le rapport financier : comment le lire et l'interpréter

par Conrad L. Pelletier, M.D., MBA, FRCSC

Le rapport annuel d’une société est une source inestimable de renseignements sur tous les aspects de cette société et doit être utilisé comme un élément fondamental dans l’évaluation qu’il faut en faire pour décider d’un investissement. Mais c’est également un document touffu et dans plusieurs cas, surtout quand il s’agit d’une grosse entreprise, un document considérable de quelques centaines de pages, pas toujours facile à lire et surtout à comprendre. Pour en faciliter l’examen, il faut donc savoir où y chercher les informations les plus importantes et pertinentes à nos besoins de petit investisseur et quels sont les principaux éléments à en extraire pour se faire une image adéquate de l’entreprise.

Message du président –  Souvent, en première page on trouve un résumé des principaux faits financiers de l’année qui peut nous permettre d’avoir rapidement une vue d’ensemble de la situation de la société. Suivent une série de rapports des différents dirigeants aux actionnaires, dont à mon avis le plus important est le message du président. C’est l’endroit où on retrouve une évaluation de l’année écoulée et les perspectives de développement pour le nouvel exercice financier. Ce message devrait apporter un éclairage sur la situation actuelle de la société et sur la stratégie de développement mise de l’avant par son principal dirigeant. Il faut cependant savoir lire entre les lignes et percevoir dans le texte ce qui est réel et appuyé sur des faits, en se méfiant des déclarations enthousiastes, mais sans fondement. Pour ce faire, il faut mettre le texte en perspective de la réalité économique du moment, du passé de la société et des résultats financiers présentés dans le rapport.

Bilan financier –   Le deuxième élément d’importance à consulter est le bilan financier avec l’état des résultats, l’état des flux de trésorerie et l’état des capitaux propres. C’est ici que l’on retrouve toute l’information sur la situation financière et son évolution. De l’état du bilan, on retire les éléments de solidité financière de l’entreprise. Les liquidités disponibles, indiquées aux deux premières lignes de l’actif sous les rubriques trésorerie et titres négociables à court terme, doivent être suffisantes pour assurer la continuité des affaires et couvrir les frais de fonctionnement courants. Le fonds de roulement, total des actifs à court terme mois total des éléments du passif court terme, nous démontre si l’entreprise est capable de rencontrer ses obligations financières courantes (son passif), avec les actifs dont elle disposera en cours d’année (actif court terme). Une entreprise qui n’a pas de fonds de roulement est menacée et pourrait faire faillite. Dernier élément majeur à évaluer au bilan est le niveau d’endettement. C’est la rubrique dette à long terme du passif qui nous l’indique. On peut avec cette donnée en déduire différents ratios d’évaluation du risque de l’entreprise : dette sur l’avoir des actionnaires (ou capitaux propres), dette sur le capital total, dette sur le bénéfice.

L’état des résultats nous procure les données pour évaluer la performance et la rentabilité de l’entreprise. Le chiffre d’affaires, comparativement à l’année précédente, montre-t-il une progression ou le contraire? Cet état nous indique aussi la marge bénéficiaire brute, c’est-à-dire le bénéfice d’exploitation, et le bénéfice net global et par action, c’est-à-dire le bénéfice après tout autre revenu et frais encourus tels que les intérêts payés sur la dette, les impôts et autres. On en déduit aussi le rendement du capital investi (bénéfice net/avoir des actionnaires). Du bénéfice par action on tirera le ratio important cours/bénéfice qui nous indiquera si le prix de l’action est trop élevé par rapport à son rendement, ainsi que le cours/valeur comptable.

L’état des flux de trésorerie indique toutes les activités ayant eu un impact sur les finances de l’entreprise en cours d’année et qui vont donc influer sur le niveau de trésorerie, c’est-à-dire des liquidités disponibles ou les flux monétaires autogénérés par les activités courantes. Ces activités financières sont soit liées à l’exploitation de la société (affaires courantes), soit liées aux investissements (acquisition d’entreprises, d’immobilisations ou d’équipements), soit enfin liées aux activités de financement (dividendes, rachat d’action, paiements sur la dette, émission de nouvelles actions). De cet état, on peut évaluer comment l’entreprise gère son capital, comment elle se capitalise pour répondre à ses besoins et comment elle utilise le capital disponible pour sa croissance et son développement ou pour le paiement de dividendes à ses actionnaires. C’est donc un bon témoin de l’efficacité de gestion des dirigeants, à savoir s’ils génèrent ou dilapident les capitaux des actionnaires, de la rentabilité de l’entreprise et de sa solvabilité. On retrouve le résultat de cet état à la rubrique trésorerie au bilan.

Enfin, l’état de variation des capitaux propres nous indique l’évolution de l’avoir des actionnaires, de la capitalisation et de l’enrichissement de l’entreprise. Cet état nous indique s’il y a eu nouvel apport de capitaux (nouvelle émission d’actions par exemple), les gains ou pertes d’actifs financiers en cours d’année et surtout l’évolution de ce que l’on appelle les bénéfices non répartis (BNR) qui sont le cumulatif des  bénéfices ou pertes d’un année à l’autre. Les changements aux BNR nous indiquent l’état de richesse de l’entreprise et son évolution. Le BNR se retrouve à la rubrique du même nom au passif du bilan, faisant donc partie de l’avoir propre des actionnaires. Un BNR qui augmente chaque année indique une bonne santé financière. Mais un BNR trop important peut aussi être un signe que l’entreprise gère mal ses capitaux et qu’elle devrait mieux les utiliser soit pour se développer, faire des acquisitions, racheter de ses actions pour en augmenter la valeur et donc la richesse de ses actionnaires ou enfin pour retourner une partie de ses profits d’exploitation à ses actionnaires, qui après tout lui fournissent ses ressources financières, sous forme de dividendes. Cet état nous indique donc l’état de santé financière de l’entreprise.

Notes afférentes aux états financiers –  Il faut savoir consulter ces notes, qui parfois s’étendent sur plusieurs pages, pour y trouver l’explication ou le détail de certaines des rubriques du bilan financier. Les plus importantes peuvent avoir trait aux éléments extraordinaires survenus en cours d’année, à certains engagements financiers susceptibles d’avoir un impact sur le nouvel exercice, à l’émission de titres de capitalisation et à la structure de la dette à long terme et de ses échéances. Pour ceux qui ça pourrait intéresser, dans le rapport annuel de certaines banques en particulier, on retrouve parfois aux notes afférentes un véritable cours de finance 101, expliquant très clairement les différents véhicules financiers, leur fonctionnement et leur utilisation.

Le rapport financier est donc un outil essentiel pour bien comprendre une entreprise et se faire une idée assez juste de sa situation financière. Les rapports annuels ou trimestriels peuvent être obtenus auprès des courtiers, des entreprises elles-mêmes, mais encore plus efficacement directement sur le WEB au site canadien SEDAR pour les titres canadiens, à l’adresse suivante : www.sedar.com. C’est un site très bien fait, bilingue, officiel et contrôlé par le gouvernement canadien, et qui peut être consulté facilement pour obtenir les documents financiers et autres informations des entreprises qui y sont inscrites.