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Ce mystérieux monde du placement...

La planification de la retraite

par Conrad L. Pelletier, M.D., MBA, FRCSC

La planification de la retraite –

On vit de plus en plus longtemps. Nous voulons tous maintenir notre niveau de vie après notre vie professionnelle active. Les rendements sur les placements conservateurs, tels que les obligations, sont au plus bas depuis quelques années et pourraient bien le rester pour encore un bon bout de temps. Il est donc d’autant plus important de bien planifier sa retraite sur le plan financier et prévoir cette échéance le plus longtemps d’avance. Voici donc quelques éléments dont il faut tenir compte et qui vous aideront à le faire.

Les coûts de la retraite –  On dit souvent que les besoins financiers à la retraite équivaudront à environ 70% de ceux lors de la vie active. Mais cette estimation peut être très erronée. Il faut d’abord décider du style et du niveau de vie que l’on désire avoir. Si on veut maintenir le même rythme de vie qu’actuellement et en plus voyager régulièrement, se payer divers cours sur des sujets qui nous intéressent, pouvoir aider financièrement enfants et petits enfants, changer de voiture régulièrement et fréquenter le restaurant plus souvent, alors il se pourrait bien que les besoins financiers soient très semblables à ceux que nous connaissons maintenant. Et c’est sans compter les frais au chapitre des dépenses de santé qui auront tendance à augmenter avec l’âge, pour les médicaments, les divers services de santé, l’aide à domicile ou éventuellement l’hébergement en milieu autonome ou semi-autonome, si nécessaire.

Les revenus de la retraite –  Ces revenus seront tirés d’un régime de pension d’emploi (RPE) pour les chanceux qui en ont un, du régime de retraite du Québec (RRQ), du capital accumulé dans son REER et finalement des revenus de placement hors REER. En général, les projections de revenus requis sont faites pour une période de survie d’environ 15 années après la retraite prise à l’âge de 65 ans. Mais on doit tenir compte du fait que la longévité augmente progressivement et qu’il est fort probable que le capital doive servir pour une période beaucoup plus longue. Mieux vaut donc prévoir plus que moins. Il importe alors pour ceux qui arrivent à la phase de la préretraite de prévoir un budget de retraite et de s’assurer que les revenus suffiront à rencontrer leurs besoins. Un tel budget permettra d’en déduire le niveau d’épargne qu’il faut atteindre dès maintenant et l’âge auquel on peut prétendre pouvoir se retraiter de la vie active. Illustrons le propos par un exemple.

Le Dr. Bienheureux arrive à 60 ans. Son revenu brut actuel est de 200 000$ par année. Ses frais d’affaires sont de 30 000$ annuellement et son taux d’imposition marginal est de 48,25%. Il n’a aucune dette et sa résidence est entièrement payée. Il désire savoir combien de capital il devra avoir accumulé pour maintenir son niveau de vie actuel et à quel âge il pourra prendre sa retraite. Il n’a pas de pension d’emploi parce qu’il a toujours été travailleur autonome. Il a contribué 10 000$ en moyenne par année à son REER pendant 25 ans, placement qui lui a procuré en moyenne un rendement de 7% par année. La valeur de son REER à 60 ans est donc de 632 500$ et sera de 944 600$ à 65 ans. Il a des placements d’une valeur actuelle de 500 000$ qui lui rapportent environ 7% de revenus et qui vaudront donc environ 700 000$ dans 5 ans. À 65 ans, son coût de vie sera de 89 000$ après impôt. Il aura donc besoin d’un revenu d’environ 150 000$ par année pour maintenir son train de vie. Ses revenus seront alors de : 11 000$ du RRQ, 70 800$ de son REER et 49 000$ de ses revenus de placement, pour un revenu total disponible à 65 ans de 130 900$. Il lui manque donc un peu plus de 19 000$ de revenu annuel pour répondre à ses besoins planifiés. Quoi faire? Trois solutions, mais qu’il doit envisager dès maintenant pour qu’il lui reste suffisamment de temps pour réagir :

a) réduire son niveau de vie à la retraite (en vendant sa maison par exemple ou en réduisant le nombre de ses voyages);

b) retarder sa retraite de 3 ans, ou continuer à travailler plus longtemps à temps partiel et faire les contributions annuelles maximales de 22 000$ à son REER, ce qui en augmentera la valeur à 68 ans à un total de 1 312 500$ et les revenus annuels qu’il en tirera à 98 500$, soit 27 700$ de plus;

c) enfin, maintenir sa perspective de retraite à 65 ans mais augmenter son niveau d’épargne annuel après impôt à 50 000$.hors REER, ce qui est une très grosse commande.

La meilleure perspective serait donc d’utiliser un mélange des trois solutions. Ainsi, il pourrait vendre sa propriété actuelle et en racheter une autre plus petite et répondant mieux à ses nouveaux besoins, augmenter dès maintenant sa contribution REER à son maximum de 22 000$ pendant les 5 années qu’il lui reste et augmenter son épargne hors REER à 10 000$ par année. Disons qu’il réalise un bénéfice net sur ses transactions immobilières d’environ 300 000$ après la vente de sa première propriété et l’achat de la seconde. Il utilise ce montant pour financer l’augmentation de son épargne annuelle (12 000$ au REER et 10 000$ hors REER chaque année, pour un total de 110 000$ après 5 ans) et place la balance de 190 000$ dans son portefeuille hors REER. Son revenu global à 65 ans sera alors de près de 159 000$, revenu suffisant pour prendre sa retraite à 65 ans, tout en maintenant le niveau de vie souhaité. Dans cet exemple, tous les revenus sont calculés à un taux de rendement annuel de 7%, ce qui serait raisonnable sur une perspective de 5 ans, et tous  les résultats arrondis aux 100$ près.

Et outre la préparation financière… –  Pour réussir une retraite heureuse, non seulement faut-il avoir prévu ses besoins financiers, mais aussi être prêt psychologiquement à un changement de rôle social et à une diminution de visibilité professionnelle. On doit également s’être préparé intellectuellement à découvrir de nouveaux intérêts et à développer de nouvelles compétences pour continuer à se sentir utile et valoriser l’utilisation de son temps. On peut même entreprendre une seconde carrière, dont l’objectif n’est plus d’être financièrement rentable mais de rendre service et de faire profiter la société de ses compétences et de son expertise. Enfin, il est impératif de prendre les moyens requis pour se maintenir en forme et en bonne santé physique et intellectuelle. Quelque bonne préparation à la retraite que ce soit, elle perd toute sa valeur et sa signification si on se retrouve cloué dans un lit d’hôpital ou pire encore…au cimetière.

Et voilà, chers amis, déjà plus de cinq ans que cette chronique vous est offerte. Comme toute chose a une fin, et le sujet de cette dernière chronique l’annonce bien, il est temps maintenant pour moi d’entreprendre autre chose, de laisser ma place à un autre chroniqueur et de « prendre ma retraite » en tant que chroniqueur financier. J’ai eu beaucoup de plaisir à rédiger ces chroniques et espère qu’elles vous auront été d’une quelconque utilité dans vos décisions de placement et dans les échanges que vous avez avec votre conseiller en placement. J’ai tenté de donner à la chronique une allure pédagogique et de suivre une chronologie logique dans l’approche des divers sujets traités. Tous les textes de ces chroniques restent disponibles pour vous à l’Association et vous pourrez également continuer à les consulter sur son nouveau site WEB. Je remercie tous ceux qui au cours des années m’ont fait des commentaires positifs et m’ont témoigné leur intérêt pour de telles chroniques, ce qui m’a encouragé à en poursuivre la rédaction.

 

L’auteur déclare qu’il n’a aucun conflit d’intérêts et qu’il ne participe à aucune promotion,  commercialisation ou vente de produits financiers.