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Invitation d’un médecin de famille à un étudiant en médecine

Invitation de la Dre Anne-Marie Bureau à Sophie Imbeau

par Claudine Auger

Une vision globale du patient

En juillet de l’an dernier, Sophie Imbeau, étudiante de 2e année en médecine à l’Université de Montréal, a retrouvé Dre Anne-Marie Bureau pour la suivre dans le quotidien de sa pratique de pédiatrie sociale dans la région de Gatineau. Ce stage offert par Médecins francophones du Canada et gagné lors du Symposium étudiant de médecine aura permis à Sophie Imbeau de prendre conscience de l’ampleur et de l’impact de cette pratique inclusive. « J’y suis allée avec l’esprit ouvert. J’avais bien sûr déjà entendu parler du Dr Gilles Julien, et du concept de la pédiatrie sociale. Mais je ne réalisais pas qu’il était possible de pratiquer d’une manière si différente, d’offrir un service global autour des patients ! » L’étudiante confie avoir ressenti un véritable déclic pour « un concept de pratique fabuleux ».

En tant qu’observatrice, la jeune femme dit avoir énormément appris. « D’abord, la force de la collaboration entre les différents professionnels où chacun contribue au processus sans lutte de pouvoir et où règne une grande cohésion. Que ce soit le médecin, l’infirmière, la travailleuse sociale, chacun parlait ouvertement, chacun proposait des pistes de solution, devant la famille qui, elle-même, participait activement au processus avec un grand souci d’engagement ». Elle a également été fort impressionnée par la relation de confiance entre les jeunes patients et Dre Bureau : « Elle les accueille autour d’une table, pose des questions de manière très ouverte pour arriver naturellement à la problématique. »

Une anecdote a particulièrement frappé l’étudiante de médecine, lors de la rencontre d’un adolescent préoccupé par son problème d’acné et chez qui on pouvait remarquer une asymétrie faciale. « Lui n’en était pas gêné, seule son acné le dérangeait. Mais de fil en aiguille et grâce à ses questions, et même si la paralysie n’était pas liée à son affection cutanée, l’équipe a fait quelques téléphones et obtenu la collaboration de médecins de l’Hôpital de Gatineau. Ce que j’en retiens, c’est de demeurer alerte, parce que le patient lui-même n’est pas nécessairement conscient que certaines choses ne sont pas normales. »

Enrichir la pratique médicale traditionnelle

Inspirée par sa mère médecin de famille et obstétricienne qui, chaque fois qu’elle revenait d’un accouchement, allait prévenir sa fille du sexe du nouveau-né, même la nuit, Sophie Imbeau a un fort penchant pour la pratique familiale : « La prise en charge, le suivi, le contact avec les patients, tout correspond à mes valeurs — même si je demeure ouverte à d’autres options. Je me sens interpellée par le concept de médecine familiale, le désir de prendre part à la santé globale des patients et de les accompagner dans chaque étape de leur vie. J’aimerais construire ce type de relation privilégiée », explique l’étudiante qui insiste également sur le volet prévention, selon elle encore trop banalisée. « Comme société, nous devons faire davantage de prévention, et la médecine familiale a un rôle essentiel en ce sens. Elle est un pilier. »

Emballée par la pratique médicale qu’elle a observée lors de sa journée de stage avec la Dre Anne-Marie Bureau, elle avoue toutefois qu’elle aimerait demeurer polyvalente. « J’ai eu l’occasion de faire du bénévolat dans un centre de gériatrie de Mascouche. J’ai aussi eu un emploi comme technicienne en loisirs auprès d’une clientèle avec de lourdes déficiences qui avait besoin de soins importants. J’ai adoré ! J’aime le contact avec ces gens », explique l’étudiante en médecine, soulignant au passage que dans notre société, la vieillesse est vue comme un fardeau. « Parce qu’on refuse de vieillir, plusieurs n’aiment pas aller vers les personnes âgées », se désole Sophie Imbeau, qui se dit ouverte à l’idée de transférer le concept de pédiatrie sociale à la gériatrie.

En attendant, si ce stage d’observation de la pédiatrie sociale n’a pas fondamentalement changé sa vision de la médecine familiale, Sophie Imbeau retient une vision différente de la pratique médicale, une manière nouvelle d’approcher les soins de santé en transposant les fondements porteurs de cette approche sociale à la pratique médicale traditionnelle.