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Rétrospection

Franco Doc

par Claudine Auger

Pour la cause des francophones en situation minoritaire

Depuis le début des années 2000, un groupe dédié à la santé des minorités francophones en situation minoritaire s’active avec élan. « À l’époque, l’Organisation mondiale de la santé avait mis en garde les organismes de santé, suggérant qu’ils devaient mieux servir les communautés dans lesquelles ils opèrent. Une responsabilité qui implique directement à la base les facultés de médecine », rappelle Philippe Leblanc, coordonnateur de projet à l’Association des facultés de médecine du Canada (AFMC).

En 2014, découlant de projets antérieurs de l’AFMC, Franco Doc voit le jour et se donne 4 objectifs précis dans la visée d’un soutien concret à cette cause francophone : d’abord, identifier les étudiants francophones en médecine à travers le Canada ; deuxièmement, leur fournir des occasions d’apprentissage en français ; troisièmement, leur fournir des occasions d’apprentissage clinique en français dans leur milieu ; et finalement, mettre sur pied des comités entre facultés et leur organisme provincial dédié à la santé en français afin de faciliter les échanges. « En termes de chemin accompli, l’enjeu déterminant a été de former les différents comités, avec le soutien de nos partenaires, dont Médecins francophones du Canada, le Consortium national de formation en santé (CNFS), la Société Santé en français — et les représentants des facultés de médecine canadiennes. Ensemble, nous avons départagé les tâches selon les forces de chacun, qui étaient très divergentes : par exemple, l’Université d’Ottawa, qui avait déjà un volet bilingue, pouvait partager ses bonnes pratiques avec l’Université de la Colombie britannique, qui n’avait aucun représentant », explique Philippe Leblanc.

Vitesse de croisière

Un des succès de Franco Doc a été d’identifier et de comptabiliser les étudiants francophones dans toutes les facultés de médecine anglophones au Canada. « En 2016, dans les 14 facultés de médecine anglophones du Canada, nous avons dénombré 150 étudiants francophones en première année seulement », rapporte fièrement Philippe Leblanc. « Pour les soutenir, nous pouvons nous appuyer sur ce que nous avons construit : le statut officiel de Franco Doc financé par Santé Canada ; un organisme pancanadien qui réussit à s’immiscer dans des coins autrement oubliés ; le support d’un coordonnateur aux différents comités dispersés d’un bout à l’autre du pays ; l’apport de quatre partenaires solides ; ainsi qu’un mandat d’imputabilité sociale des facultés de médecine », énonce le coordonnateur du projet.

Désormais, il reste à conserver le lien avec ces étudiants dans l’avancement de leur parcours en médecine. Il y a là des enjeux de taille, tant pour assurer le cheminement des étudiants, pour atteindre une population francophone minoritaire souvent invisible, que pour garantir des outils adéquats à ces futurs médecins francophones immergés dans un univers anglophone. « Par exemple, il est essentiel de développer des outils pour permettre la diffusion de la terminologie médicale en français. Parce que certains médecins ne se sentent pas à l’aise pour soutenir une discussion avec leurs patients en français, par manque de vocabulaire ou de confiance. Les soutenir dans cette démarche contribue à ce qu’ils n’abdiquent pas. »

Clés de la pérennité

Puisque c’est par la relève que les changements prendront racine dans les services offerts aux communautés francophones minoritaires, les étudiants eux-mêmes incarnent les plus solides alliés. « Leur engagement est extraordinaire ! Ils sont des porteurs convaincus de la cause, certains sont même des mégas stars de la cause francophone », s’exclame Philippe Leblanc. « Par exemple, en Colombie-Britannique, Katrina Ward s’est impliquée dès le début de ses études, en tant que membre du Réso-Santé Colombie britannique et elle y joue encore un rôle actif. En Nouvelle-Écosse, Marissa Leblanc a créé un comité francophone pour les étudiants », présente fièrement le coordonnateur, insistant sur le dynamisme de ces alliés qui portent avec énergie la cause, s’impliquant pour sensibiliser et rallier les facultés de médecine.

Après des années d’effort à rassembler les étudiants durant leurs premières années de médecine, le défi consiste désormais à ne pas perdre contact avec eux lorsqu’ils complètent leur résidence et amorcent leur pratique. « Comment les garder engagés dans la pratique francophone et continuer à les soutenir ? C’est le tournant qui nous préoccupe », conclut Philippe Leblanc.

Dernières nouvelles !

Le projet Franco Doc, fort du succès de sa première phase de 2015 à 2018, se lance dans la deuxième étape du projet. Grâce à un soutien financier de Santé Canada, la phase 2 de Franco Doc débutera officiellement en mai 2018 et durera 3 ans. Cette phase vise à solidifier les acquis des premières années, tout en augmentant les ressources pour les résidents, particulièrement ceux en médecine familiale. Ces derniers pourront être intégrés à des activités d’apprentissages conçues pour répondre à leurs besoins spécifiques. Nous prévoyons également soutenir plus activement le processus de placements cliniques en milieux francophones. Nous souhaitons standardiser le processus, ou à tout le moins, fournir un lieu unique pour que les étudiants puissent facilement trouver ces placements.