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Le visage de la médecine à l’ère de l’intelligence artificielle

Claudine Auger

En octobre prochain, le 90e Congrès annuel de médecine accueillera Yoshua Bengio, pionnier de l’intelligence artificielle (IA), fondateur d’Element AI, professeur à l’Université de Montréal et directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (Mila). La sommité internationale, également directeur scientifique d’Ivado, présentera alors les impacts de l’IA sur la pratique médicale. Avant-goût d’un univers qui a l’ambition de surpasser la science-fiction.

L’apprentissage profond

Pour la majorité d’entre nous, l’intelligence artificielle (IA) est une réalité plus ou moins lointaine, qui alimente davantage la science-fiction que notre quotidien. Pourtant, chaque jour, lorsque nous vous branchons à Facebook, ou que nous lançons une recherche sur Google, c’est l’intelligence artificielle que nous utilisons.

Pour les experts de l’IA, celle-ci risque d’imposer une révolution fulgurante de notre mode de vie, éliminant certaines catégories d’emplois plus techniques, la conduite de voiture et de camions, par exemple, ou l’analyse des radiographies. Et pour en arriver là, l’ordinateur est en train d’apprendre, de plus en plus, par lui-même. Apprendre à voir, à dialoguer, à prédire et à créer, des aptitudes qui, semble-t-il, ne sont plus exclusives à l’homme et qui s’appuient sur des réseaux de neurones artificiels. Au lieu de programmer des tâches infiniment complexes et pratiquement impossibles à configurer, mieux vaut donner l’autonomie à la machine de son propre « apprentissage profond », une approche qui, sans reproduire le cerveau humain, en tire des processus spécifiques.

Selon Yoshua Bengio, l’idée de ce principe repose sur la capacité de la machine de générer ses propres stratégies. Il s’agit alors de fournir à l’ordinateur une quantité colossale de données et de lui présenter le résultat attendu. À lui, ensuite, de trouver le meilleur chemin pour s’y rendre, par l’observation et l’analyse d’exemples.

Médecins du futur : collaborer avec le robot

La médecine a déjà pris de nouvelles dimensions grâce à l’IA. En imagerie médicale, l’apprentissage profond a permis de développer des outils capables de reconnaître la présence et l’emplacement de cellules cancéreuses. L’analyse d’images et de tissus, le dépistage de tumeurs ou de mélanomes, la quête de diagnostic, précisant même leur catégorie et leur évolution, voilà où s’imposeront en premier lieu, fort probablement, les super logiciels des prochaines années. Ceux-ci sont déjà capables de repérer ce qui passe sous les yeux de l’observation humaine, même chez les médecins les plus expérimentés. Loin de déclasser les médecins, l’IA unira ses forces aux leurs, tout en transformant la nature de leur travail, évacuant les tâches techniques et répétitives et décuplant le savoir médical.

On imagine aussi que les médecins, utilisant mieux leur temps et les outils à leur disposition, pourront davantage se consacrer à la prévention. Qui sait si, un jour, ces incroyables machines — à l’affût des données de ce qu’elles sauront capter de notre santé, ne nous suggérerons pas une visite chez le médecin ? Qui sait, aussi, si l’IA pourra éventuellement prédire certains risques évitables, par exemple ceux d’accident vasculaire cérébral grâce à l’analyse des dossiers patients et aux associations des profils à risque ?

Alors que des logiciels sont déjà utilisés dans la prédiction de début d’Alzheimer ou de déficits cognitifs mineurs, la médecine pourra intervenir plus rapidement devant des pathologies diagnostiquées, et avec une plus grande efficacité. Ces technologies d’avant-garde, qui s’imposent de plus en plus dans notre système de santé, favorisent également les traitements à distance, réduisant d’autant le temps d’hospitalisation et les coûts qui en résultent. De nombreux avantages, réels et concrets, et pourtant, de nombreuses questions… Qui, par exemple, endossera la responsabilité en cas d’erreur diagnostique ? Humain ou machine ?

Des enjeux de taille

L’IA suscite énormément d’enthousiasme devant cet univers des possibles qu’elle permet d’envisager. Il y a, aussi, risque de dérives, si l’IA n’est pas étroitement encadrée d’une éthique forte, collectivement mûrie. Comme plusieurs de ses collègues scientifiques, Yoshua Bengio se préoccupe de cette limite morale à ne pas franchir et se questionne sur le cadre et la législation à mettre en place. Les scénarios d’abus — armes massives automatisées et autres robots tueurs frappent certes l’imaginaire. Plus sournoise et tout aussi inquiétante, la question de la propriété des données mérite qu’on réfléchisse à des voies éthiques et juridiques. Pour que les nouvelles technologies engendrées par l’IA soient utilisées pour le meilleur. Non pour le pire.

Article rédigé à partir des sources suivantes :
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1080042/yoshua-bengio-scientifique-annee-2017
https://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/02/intelligence-artificielle/voir-vision-apprentissage-profond-reseau-neurone.html
https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-grands-entretiens/segments/entrevue/30387/yoshua-bengio-intelligence-artificielle-chercheur
http://impactcampus.ca/sciences-et-technologies/yoshua-bengio-inteligence-artificielle/
www.ledevoir.com/societe/sante/513342/les-avancees-de-l-intelligence-artificielle-s-appretent-a-bouleverser-la-pratique-medicale
www.ouest-france.fr/sante/en-medecine-les-impacts-reels-de-l-intelligence-artificielle-5449707