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Médecin par passion : Dre Maria-Élissa Picard

Un vent de vie et d'énergie!

par Claudine Auger

Maria-Élissa Picard, M.D.

La médecine, un rêve fou

« J’ai désiré être médecin parce que la médecine est un art. Et je suis une artiste dans l’âme », explique Maria-Élissa Picard, qui fut violoniste à ses heures et que la musique a toujours accompagnée. « La médecine est l’art d’approcher les gens. Oui, il faut apprendre et mémoriser les connaissances théoriques écrites dans les livres… mais c’est tellement plus que ça! Cette approche intuitive, on l’a ou on ne l’a pas! »

La capacité à ressentir la souffrance de l’autre, c’est ce qui l’aura menée à la médecine. Mais le chemin fut laborieux, parsemé d’examens, de détours et d’épreuves à une persévérance qu’elle possède, heureusement, en réserve renouvelable. La médecine, un rêve férocement ancré, que jamais elle n’avait révélé à personne! « Personne n’aurait pu imaginer que j’irais en médecine, le projet semblait beaucoup trop farfelu! » À l’école, la petite Maria-Elissa faisait trembler les classes. Hyperactive, rien ne la maintenait en place malgré les tentatives de canaliser son énergie dans tous les sports imaginables, dans lesquels elle excellait, par ailleurs. La jeune tornade avait comme bête noire les examens, et ses résultats scolaires quelconques ne permettaient certainement pas les hautes aspirations qu’elle tenait secrètes. « À l’école, j’étais un monstre attachant! J’aimais les mauvais coups, mais pas la méchanceté. »

Lorsqu’enfin, elle entre en médecine, après des cours de rattrapage en science à l’Université d’Ottawa et un baccalauréat en kinésiologie à l’Université Laval, elle observe avec étonnement ses collègues excessivement soucieux d’obtenir des notes parfaites. « Moi, j’ai traversé l’école en passant mes examens de justesse! Mais j’étais entêtée, déterminée », raconte-t-elle, se remémorant ce moment de grâce et d’exultation dans un corridor lorsqu’elle a enfin reçu son diplôme de médecine. Elle se permet d’ailleurs d’observer que le système actuel de triage, basé sur un dossier académique frôlant la perfection, est un terrain fertile aux troubles anxieux. Un triage qui élimine autant de candidats qui pourraient certainement participer à cet art de la médecine…

Dans le feu de l’action

Avec l’enthousiasme qu’on imagine, la jeune Dre Picard amorce sa carrière dans les urgences, une pratique qui l’occupe pendant 9 ans. « La médecine d’urgence me passionnait parce qu’il y a toujours des imprévus. Mais l’horaire est insoutenable! » La vie lui suggère alors une pause. « J’ai pris soin de ma famille; de mon père, qui était très malade, de mes 6 enfants, dont certains exigent des soins particuliers. » Elle en profite également pour refaire sa santé, « parce que pour sauver la vie des autres, il faut avant tout sauver la sienne », ajoute-t-elle avec sagesse et sérénité.

En 2003, prête à retourner à la pratique médicale, elle répond à une annonce de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, alors à la recherche d’un omnipraticien pour son unité des polytraumatisés. « J’ai été convoquée par le DSP, et le coup de foudre a été immédiat, tant pour ces éventuels collègues que pour l’endroit. J’ai immédiatement accepté l’offre, et j’y suis depuis 12 ans! »

À cet « étage du fil de la vie », comme elle nomme le lieu de son action quotidienne, une petite unité de 18 lits, cette zone de drames et de traversées du désert, Maria-Élissa Picard se trouve en terrain de grande souffrance où elle laisse son intuition et son humanité la guider dans l’art de la médecine. « La traumatologie, ce sont des cas lourds et complexes, avec de nombreuses pathologies à couvrir. J’apprends encore tous les jours, sur le terrain, en collégialité avec les meilleurs spécialistes dans leur domaine avec, pour outils, un plateau technique à la fine pointe, et pour collègues, une équipe multidisciplinaire tissée serrée », souligne Dre Picard, ajoutant que malgré l’intensité de cet étrange univers parallèle, on se bouscule aux portes pour y travailler… « À cause d’une approche humaine, et de la solidarité de l’équipe, j’imagine. » Quant à elle, Dre Picard confie qu’elle tient le coup devant la souffrance de ses patients grâce au sport, le patinage de longue piste, notamment. « Je ne pratique plus de sports extrêmes… je vois trop où ils peuvent mener! »