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Symposium mondial sur l'uranium, un an plus tard

Dr Éric Notebaert, MD

Il y a un an prenait place à Québec le Symposium mondial sur l’uranium. Cet événement majeur, organisé par l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement, Médecins pour la Survie Mondiale, et Nature Québec, réunissait quelques centaines de participants et participantes de tous les continents. De tels symposiums sur l’uranium ont déjà eu lieu en Europe, en Asie, en Afrique et en Australie auparavant, mais c’était la première fois que l’événement se tenait en Amérique. Des conférenciers et conférencières de réputation internationale ont pris la parole pendant ce symposium. Pour n’en citer que quelques-uns, nommons M. Mycle Schneider, spécialiste en politiques énergétiques internationales, M. Arnie Gunderson, ingénieur et spécialiste en sûreté nucléaire, M. Doug Brugge, du Département de santé publique de la Tufts University aux USA, M. Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, Mme Sara Olsvig, membre du parlement groenlandais, Mme Sylvia McAdam, juriste et cofondatrice de Idle No More, et Mme Helen Mary Caldicott, cofondatrice de Physicians for Social Responsibility aux USA.

Une forte représentation autochtone de tous les continents était présente. Messieurs Matthew Coon Come, Grand Chef du Grand Conseil des Cris de la Baie-James et Ghislain Picard, Chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador nous ont d’ailleurs rappelé l’importance de la problématique des mines d’uranium sur les territoires autochtones du Québec et du Canada.

Le programme du symposium, à la fois scientifique et social, ratissait très large : des plénières et ateliers ont porté sur la physique nucléaire, les accidents, les questions de sécurité, la gestion des déchets nucléaires, les terrains contaminés, les questions économiques, sociales et politiques, les choix énergétiques, les liens entre nucléaire civil et militaire et, bien sûr, les questions de santé des travailleurs et travailleuses des mines d’uranium et des populations qui vivent à proximité des mines. Des témoignages bouleversants de victimes de l’industrie de l’uranium ont été entendus, tout particulièrement d’autochtones du Canada, de Russie, d’aborigènes d’Australie, et de participants et participantes d’Afrique, de Mongolie, et de l’Inde.

Les conférenciers et conférencières avaient également été invités à présenter un mémoire au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, car celui-ci se penchait au même moment sur la question de la filière uranifère (automne 2014 et hiver 2015). Beaucoup se sont prévalus de cette opportunité, et nous croyons que leur collaboration a eu une importance non négligeable dans le rapport du BAPE. Selon le BAPE, les risques et incertitudes reliés à l’exploitation des mines d’uranium pour la santé et l’environnement sont encore trop nombreux pour autoriser leur exploitation. Le BAPE a donc conclu qu' « En conséquence, il serait contre indiqué de donner le feu vert à l’exploitation de l’uranium sur le territoire du Québec dans le contexte actuel ». Le BAPE s’est montré très inquiet à propos de la gestion des déchets nucléaires, des impacts potentiels sur la santé (tout particulièrement des autochtones, car les projets miniers se situent en territoire nordique), des questions de sécurité à long terme des sites miniers, des questions d’acceptabilité sociale et d’équité intergénérationnelle.

Soulignons qu’à ce jour, le gouvernement du Québec n’a toujours pas statué sur la question d’un moratoire permanent sur l’uranium (d’autres provinces canadiennes et états américains l’ont fait). Mais un moratoire administratif existe, car d’une part le gouvernement ne délivre plus de permis d’exploitation de l’uranium, et d’autre part il est en cour actuellement contre la compagnie Strateco, les projets de cette compagnie minière ayant été stoppés par le gouvernement du Québec. Le dossier est donc à suivre.

Nous sommes d’avis qu’un moratoire permanent sur l’uranium doit prendre place au Québec, à la fois pour la santé des générations actuelles et futures, et pour protéger notre environnement.