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Humaniste à l'internationale

L'expérience malienne d'une résidente

par Marie-Christine Dorion, M.D.

Bamako

Après un an de cours de santé internationale, de vaccins contre la fièvre jaune et la méningite, je me sens fin prête à ma première expérience de médecine humanitaire.  Rêve longtemps chéri, j’ai hâte d’avoir les deux pieds plongés dans cette réalité.

Arrivée à Bamako, premier choc : l’aéroport de Bamako. C’est différent de l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau. L’ordre n’y règne pas pour passer l’immigration, ni non plus pour vérifier notre vaccination contre la fièvre jaune (obligatoire pour entrer en terre malienne) et les chariots pour transporter les bagages se font rares… De plus, les toilettes ont une vue directe, fenêtre et tout, sur le stationnement de l’aéroport, ou tout le monde attend les nouveaux arrivants. On se sent vraiment bien accueilli!

Le lendemain, notre groupe part au village de Ségué, soit au milieu de nulle part au Mali. Autour de notre « base » de Ségué, se trouvent pleins de petits villages de moins de 2000 habitants. Et sur les 2000 habitants, on peut facilement dire qu’il y en a 1500 qui sont des enfants.

Je n’ai jamais vu AUTANT d’enfants de toute ma vie.

 

Il y en a partout! Ils semblent trouvés particulièrement drôles notre jogging de 17 h. Ils nous accompagnent sur le bord de la route en criant : « Toubabou, Toubabou ». On s’attache à eux le temps de le dire.

Notre travail nous tient occupés. À la clinique/tente-roulotte de Ségué, c’est animé et les pathologies sont variées et inhabituelles par rapport à notre quotidien québécois : abcès dentaire dégénéré, morsure de serpent 1 mois postévénement (donc bien nécrosée), méningite avec convulsion, atroce ulcère du cou, malnutrition sévère et malaria, malaria, malaria.

Ultra endémique ici, quiconque se présentant pour fièvre, et c’est la majorité des consultations, se mérite un traitement antimalawien. Les moyens pour diagnostiquer se limitent à l’histoire du patient et à son examen physique. Les traitements sont aussi minimes, parfois inexistants. Et puisque les soins sont payants, il faut s’assurer que le patient a les moyens de les payer et donc que les traitements que nous donnons sont vraiment essentiels pour le patient, vu leurs moyens assez restreints, particulièrement en terme d’argent liquide. En cas de nécessité absolue, les patients quittent la clinique, avant d’avoir obtenu leur traitement, vont vendre quelques biens matériels et reviennent avec l’argent pour se faire traiter. Ça présente des choix déchirants qui nous semblent dépourvus de sens…

Visite des villages

Nous nous rendons aussi dans les villages entourant Ségué qui n’ont pas de clinique  à proprement parler. On se déplace donc avec notre camion, notre valise médicale, pleine de trucs pouvant éventuellement nous être utiles dans un village africain au milieu de nulle part, une grande tente et une table pour pouvoir faire nos consultations. Dans les villages, les consultations sont moins nombreuses.

Les raisons pour lesquelles la population ne consulte pas sont plutôt obscures, on voit bien qu’il y a du monde de malade dans le village,

mais ils ne semblent pas tentés de venir nous voir. Faute de moyens/temps/confiance? On ne sait pas trop… Mais bon, on en attrape parfois quelques-uns et on se dit que c’est déjà ça de gagner! Et il y a toujours les chefs des villages à aller visiter et comme les salutations au Mali prennent vraiment, vraiment beaucoup de temps… la journée finit par passer vite !

Avec nous dans le complexe à Ségué, vivent quelques Maliens qui travaillent en du développement international. Parmi ces Maliens, nous avons rencontré Fatoumata Coulibaly, dite Fatim, notre mère malienne adoptive. Elle est absolument charmante ! Elle nous apprend à faire le thé à la menthe à la Malienne (ça peut prendre du temps, mais c’est si délicieux à déguster !) et nous amène visiter Narra, une ville plus au nord de Ségué, lors de la fin de semaine. En plein milieu du désert, c’est sec, sec, sec. Les gens par contre, sont plus que chaleureux. Ils nous ont accueillis comme des membres de leur  famille, en nous offrant à manger et en nous confiant leurs vues sur leur pays et leur façon de vivre. Ce fut une fin de semaine des plus enrichissantes.

Semblable et différent à la fois

Après deux semaines, c’est le retour à Bamako.  Côté travail, c'est à la fois semblable et différent. Semblable, car les pathologies infectieuses prédominent, particulièrement les cas de malaria présomptifs. Les moyens côté diagnostics et traitements sont quasi aussi maigres qu'à Ségué, quoiqu’il en existe un peu plus et il y a en plus les hôpitaux tout près pour les cas trop graves. Différent, car la population est un peu plus éduquée, certains patients parlent même français, avec un peu plus de moyens monétaires et semble attendre moins longtemps avant de consulter. On voit aussi poindre à l’horizon quelques cas de maladies chroniques tels que l’hypertension et le diabète.Nouveau et beau défi, la notion de chronicité, ainsi que son traitement, est plus que difficile à transmettre à nos patients.

Par contre, nous pouvons toujours compter sur nos confrères maliens pour nous aider, autant nos traducteurs, des étudiants en sciences infirmières et en médecine, que les médecins de l’endroit.

Ils savent, souvent avant même que le patient ait commencé à parler, ce qu’il faudra faire pour l’aider du mieux que l’on peut.

 

La vie sociale de Bamako est évidemment différente qu’à Ségué. Nous apprenons à négocier à la malienne, ce qui est tout qu’un art! Il faut être patient (nous avons vécu une négociation mémorable de plus de 90 minutes…) et convaincant, mais ça en vaut la peine! Les bijoux, les tableaux, les vêtements, les sculptures, tout est fait à la main, tout est magnifique. Chacun d’entre nous rapportera la majorité de ses cadeaux de Noël des marchés de Bamako.

Outre les marchés, nous visitons aussi le musée de Bamako avec des expositions toujours intéressantes suivies de visites dans le parc du musée, où il y a souvent des concerts et de la danse. La musique malienne donne le goût de bouger et les Maliens s’en donnent à cœur joie!

Bref je reviens à Montréal, 4 semaines plus tard, la tête pleine de belles découvertes. L’expérience est à la hauteur et encore plus de mes attentes. Les instants vécus ont été intenses, parfois tristes, souvent joyeux, toujours mémorables. J’en ressors grandie et avec la volonté d’y retourner, pour revoir les gens avec qui je me suis liée, pour revivre la réalité du Mali.