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So moro bedi? Comment ça va?

par Marie-Andrée Houle, R2 médecine familiale

Le Mali

Le tourbillon de la résidence en médecine familiale déferle : gardes, bureaux, visites à domicile, femmes enceintes, étude, formations, congrès… Où en suis-je rendue? Où sont passés mes beaux idéaux et mes solides convictions envers le domaine que j’ai choisi? Le temps est venu de prendre du recul. Un peu par hasard, le microprogramme de santé internationale de l’Université de Sherbrooke et son stage d’un mois au Mali m’interpellent.

L’appel de l’inconnu

Chacun part œuvrer dans un pays en voie de développement avec ses aspirations propres : désir de changer le monde, d’aider, d’apprendre, de se remuer, de voyager?

Pour ma part, je partais avec l’idée d’y apporter une partie de moi, de ma courte expérience et le désir de découvrir une nouvelle culture et parfaire mes connaissances en médecine tropicale.

 

Du dépaysement à la dure réalité

Arrivée sur place, le dépaysement est total! Un vent de fraîcheur souffle! Le poids du stress et la lourdeur de mon quotidien tombent. Tout redevient clair! Les Maliens sont d’une cordialité, d’une gentillesse et d’un respect hors du commun. Se rendre au travail est une aventure. Les détours dans la capitale en taxis ou les minisafaris assise dans la boîte d’un 4x4 sur les chemins rocailleux et sinueux des campagnes maliennes permettent de croquer le quotidien. Nos bureaux au CESCOM pourvus simplement d’une table d’examen ou nos tentes érigées dans le centre d’un village reculé nous extirpent de notre confort habituel et nous ramènent à la base de la médecine : examen clinique et contact humain. Avec très peu d’équipement, la débrouillardise et notre sens clinique sont nos meilleurs alliés.

Une fois le diagnostic établi, contents d’avoir réussi sans l’aide de la technologie, la réalité nous rattrape.

Les traitements sont souvent trop onéreux pour le patient ou tout simplement pas disponibles.

Que fait-on avec une suspicion de neuropaludisme dans un village éloigné lorsque le patient n’a ni les moyens de se rendre ni de se faire traiter dans un centre de référence à 1 h 30 de route?

 

Le contact avec la vie diffère. La mort est présente, trop présente. Elle attaque sans distinction, au hasard, sauvagement. Trop de décès arrivent par manque de moyens, causés par des délais de consultations, par ignorance ou par usage de médicaments périmés.

Les équipes médicales sont dévouées, mais réalistes.

Dans leurs visages, malgré la brutalité de la réalité, il y a toujours une lueur d’espoir.

 

Être là, assise avec un enfant de 2 ans dans les bras et assister à son dernier souffle par manque de tout. J’ai longuement tenté d’y trouver un sens, mais en vain. C’est donc à 7000 km de chez moi que je vis pour la première fois aussi intensément l’impuissance du métier que j’ai choisi.

 

Le retour

Confrontée à la dure réalité de la mort, à l’impuissance, à la barrière linguistique, je ressors plus humaine.

La joie de vivre, la chaleur, l’accueil des Maliens m’ont transformée.

Cette expérience ne peut laisser indifférente.

Ce pays a conquis mon cœur et j’y retournerai assurément.

Il n’y a rien qui puisse se comparer à sentir que l’on vit vraiment!