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Prescriptions muséales, sans effet secondaire (1/3)

Quand l’art guérit

Par Claudine Auger

L’art-thérapie est une notion qui reste floue pour plusieurs d’entre nous. Souvent associée aux dessins d’enfants victimes de traumatismes, cette approche thérapeutique non verbale va pourtant bien au-delà. Offerte sous forme individuelle, familiale ou en groupe, l’art-thérapie permet de dénouer la souffrance, sans qu’il soit pour autant nécessaire d’être un artiste accompli ! Médecins francophones du Canada, quant à elle, s’associe au Musée des beaux-arts de Montréal pour offrir des prescriptions muséales, une initiative visionnaire. Premier article d’une série de quatre.

La vision audacieuse d’un partenariat inusité

Il y a un an, lors de son Congrès annuel de médecine d’octobre, Médecins francophones du Canada annonçait fièrement un nouveau projet pilote, en étroite collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Grâce au partenariat des deux organismes, les patients du pays peuvent désormais obtenir une « prescription muséale » et ainsi bénéficier d’une visite gratuite du MBAM, accompagnés de leurs proches. Chaque médecin peut prescrire une cinquantaine d’ordonnances par année de cette approche thérapeutique sans effet secondaire aucun.

L’initiative, aussi originale qu’avant-gardiste, a été accueillie avec enthousiasme et sa nouvelle a rapidement fait le tour du monde, de la France aux États-Unis, de l’Angleterre au Liban, de l’Espagne au Japon, de l’Italie à l’Australie, l’audace de ce partenariat inusité suscitant un vif intérêt.

Une visite au musée apporte de nombreux bienfaits :

  • Apaiser certaines souffrances mentales et des douleurs physiques ;
  • Échapper au quotidien en pratiquant une activité en dehors de chez soi et dans un cadre bienveillant ;
  • Ressentir une sensation de bien-être au contact des œuvres ;
  • Favoriser les échanges avec les autres.

Comment l’art participe-t-il à la guérison ?

La Dre Hélène Boyer, vice-présidente de Médecins francophones du Canada, démystifie ce qu’apporte une visite au musée dans un des nombreux articles publiés à la suite de l’annonce du projet de prescriptions muséales : « On connaît les hormones du bien-être qui sont sécrétées pendant l’exercice et elles sont tout à fait semblables aux hormones sécrétées lors d’une visite muséale. Quand on regarde une œuvre d’art, notre attention est d’un coup portée sur l’œuvre et on évacue nos souffrances, nos anxiétés. »

Toujours selon cette amatrice d’art convaincue des bienfaits de la beauté, dans cet extrait d’un article publié sur le site de lemonde.fr, elle explique que « de plus en plus d’études le démontrent : le contact avec les œuvres d’art a un réel impact sur l’état de la santé physique et mentale. […] De telles sorties culturelles permettent d’augmenter le taux de cortisol et de sérotonine des patients. Nous sécrétons des hormones lorsque nous visitons un musée et ces hormones sont responsables de notre bien-être. Les gens ont tendance à penser que ce n’est efficace que pour les problèmes de santé mentale. […] Mais ce n’est pas le cas. C’est aussi efficace pour les patients diabétiques, pour les patients en soins palliatifs et pour les personnes atteintes de maladies chroniques. »

De son côté, comme elle le souligne dans un article publié sur ouest-france.fr la directrice générale de Médecins francophones du Canada, Nicole Parent, espère que « d’autres musées à travers le Canada emboîteront le pas au MBAM, qui a développé depuis 2016 une expertise en art-thérapie au profit de personnes aux prises avec différents problèmes de santé. » En attendant, l’association a élaboré un protocole de recherche pour identifier les avantages, les répercussions et les effets d’un tel programme. Visiblement enthousiasmée par le projet, la directrice générale ajoute que « c’est la preuve que les médecins ont une sensibilité et une ouverture par rapport à des approches alternatives, quoique démontrées de façon scientifique, sur les bienfaits de l’art sur la santé. » Elle compare ces bienfaits au niveau des neuro-hormones sécrétées lors de l’activité physique.

À ce propos, Nathalie Bondil renchérit : « Je suis persuadée qu’au XXIe siècle, la culture sera pour la santé ce que le sport a été au XXe siècle. L’expérience culturelle contribuera à la santé et au mieux-être, comme la pratique du sport à notre forme physique. Et pour les sceptiques, rappelons qu’il y a seulement cent ans, on disait que le sport déformait les corps ou menaçait la fécondité des femmes ! »