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Des prescriptions muséales pour le mieux-être

Par Claudine Auger

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De gauche à droite : Michel de la Chenelière, président, Fondation de la Chenelière, et mécène, MBAM ; Dre Johanne Blais, membre du conseil d’administration, Médecins francophones du Canada (MdFC) ; Dre Hélène Boyer, vice-présidente, MdFC ; Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef, Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) ; Dre Diane Poirier, présidente, MdFC ; Nicole Parent. Directrice générale, MdFC ; et Thomas Bastien, directeur de l’éducation et du mieux-être, MBAM ; au congrès de Médecins francophones du Canada, Montréal, 10 octobre 2018. Photo : Pierre Longtin.

En octobre dernier, Médecins francophones du Canada annonçait un partenariat avec le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), pour permettre à ses membres (étudiants en médecine compris) d’offrir à leurs patients une prescription muséale. Cette dernière leur permet de profiter des bienfaits de l’art sur la santé. Invitée à présenter son « musée qui fait du bien », Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, explique avec fougue et humanisme cette nouvelle approche thérapeutique qu’est l’art-thérapie.

Le musée partenaire

À la tête du MBAM depuis 2007, Nathalie Bondil œuvre à décloisonner le musée. Elle l’ouvre sur un monde en mouvement alors que, selon elle, « l’art et la culture seront bientôt reconnus comme tout aussi essentiels au bien-être que le sport. Je veux convaincre tout le monde de cela ! » Avec 42 000 œuvres d’art au Musée « qui parlent du monde », la visionnaire ne vise pas à mener le public vers l’histoire de l’art, mais bien à porter l’art vers lui. Voilà qui a ouvert la possibilité à un partenariat avec Médecins francophones du Canada et qui a fait écho au-delà des frontières.

Volubile et enthousiaste, Nathalie Bondil révèle que l’art-thérapie ne cesse de se développer au MBAM, ayant grimpé de 300 % depuis 2012, passant de 3 à 12 ateliers spécifiques, et y consacrant plus de 3500 m2, soit le plus grand espace dédié au mieux-être dans un musée en Amérique du Nord. « Certains ateliers sont offerts à des groupes particuliers, et près de 450 organismes nous sollicitent sur une base régulière. Nous disons “oui”, simplement : vous nous dites quels types de patients vous voulez accueillir, et nous allons co-créer un atelier avec vous pour ce public spécifique en ciblant les besoins de chacun », explique la conservatrice.

L’art-thérapie sans frontière

Nathalie Bondil multiplie les exemples d’impacts réels de l’art-thérapie sur la santé et le bien-être : stimuler le développement des enfants ou leur donner la possibilité de dessiner un traumatisme (dans le cadre d’un projet avec Médecins sans frontières, par exemple), solidifier l’estime de soi des patients vivants avec un trouble alimentaire (dans le cadre d’un projet en collaboration avec l’Université Concordia et l’Institut Douglas, notamment), ou encore valoriser la différence et la diversité par des projets en santé mentale. « Nous avons également développé diverses activités destinées aux personnes âgées, en collaboration avec des spécialistes, dont un programme d’exercice physique par un parcours cardio à travers le musée. Les groupes déambulent d’un espace à l’autre, bien chaussés de leurs espadrilles, tout en socialisant. Dans un contexte d’hiver québécois, c’est beaucoup plus sécuritaire que des trottoirs glacés ! Et certainement plus stimulant qu’un centre commercial qui n’incite qu’à dépenser », clame la directrice générale du MBAM.

Créé il y a déjà quelques années, le comité Art et Santé du musée, présidé par Rémi Quirion, chercheur en neurosciences et scientifique en chef du Québec depuis 2011, est composé de 17 experts issus des milieux de la recherche, de la santé, de l’art-thérapie et des arts. Le comité a pour mandat d’observer les projets de recherches développés. « Plusieurs études sont en cours sur différents projets. En outre, le comité permet de poser des questions aux médecins avec qui nous travaillons », ajoute Nathalie Bondil. « Chacun forgera sa propre opinion. Ce qui est important, c’est de susciter les débats, car là où il y a des échanges, des solutions innovantes émergent. »

Rappelons que chaque prescription muséale permet aux patients de profiter d’une visite gratuite du musée en compagnie de 3 autres personnes. Pour prendre part à ce programme, les membres de Médecins francophones du Canada sont invités à contacter l’association à info@medecinsfrancophones.ca.