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Entrevue avec la Dre Christiane Laberge

Tendance, le TDAH? (1re partie)

par Claudine Auger

Le TDAH fait parler de lui. Et c’est tant mieux. Mais aux côtés des prescriptions de stimulants à la hausse et d’une corrélation directe entre le TDAH et l’augmentation des coûts de la santé, ce trouble, s’il n’est pas compris, s’il n’est pas diagnostiqué, s’il n’est pas traité correctement, cause son lot de souffrances pour l’individu qui en souffre et pour ses proches. Premier article d’une série de trois.


Christiane Laberge, M.D.

Le TDAH ne date pas d’hier!

Selon un rapport réalisé par le Centre for ADHD Awareness Canada (CADDAC), les répercussions du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) vont bien au-delà des conséquences individuelles. Multiples, elles entraînent des coûts socio-économiques dans les milieux de la santé, de l’éducation, du travail, des services sociaux et du système judiciaire (près de 25 % des prisonniers auraient un TDAH), alors que le coût canadien du TDAH serait « évalué à plus de 7 milliards de dollars, excédant le coût lié aux troubles dépressifs majeurs »*. Pourtant décrit au début du siècle dernier par l'anglais Georges Still, et malgré le fait qu’on connaisse depuis plusieurs décennies l’efficacité des amphétamines grâce aux travaux du psychiatre Charles Bradley, ce trouble neurologique demeure mal compris : près du tiers des Canadiens croient encore que les écarts de comportement d’un enfant atteint sont liés au manque de discipline des parents ou que le TDAH disparaît toujours en vieillissant. En outre, une large majorité des adultes atteints ne sont pas traités, avec des impacts non négligeables dans toutes les sphères de leur vie.

Épidémiologie :

  • 6 à 9 % de prévalence de TDAH chez les enfants;
  • 70 % de persistance à l’adolescence;
  • 50 à 60 % de persistance à l’âge adulte;
  • 4,4 % de prévalence dans la population adulte**.

Vivre en accéléré!

Il branle la patte sans arrêt durant le film; il répond à la question avant qu’elle ne soit terminée; il s’assoit sur deux pattes de chaise… autant de signes subtils d’hyperactivité. « Chez Costco, observez pour trouver un TDAH : c’est celui qui se promène de file en file aux caisses pour aller plus vite… et il perd à tout coup », illustre avec humour Dre Christiane Laberge, omnipraticienne spécialisée dans le TDAH… et qui adore ses patients qui en sont atteints! Dans une savoureuse présentation sur le sujet, le 12 février dernier, la célèbre communicatrice a expliqué le rôle du cortex préfrontal dans le TDAH, qui intervient également dans divers troubles de l’humeur et de l’anxiété. « Chez l’enfant, cette région ne se développe pas au même rythme, il peut y avoir jusqu’à 4 ans de retard de croissance cérébrale, ce qui rend difficile la gestion des émotions ou la capacité à encoder un code moral. C’est un trouble qui n’a pas de frein! Dans le TDAH, les systèmes régionaux de la vigilance sont allumés en permanence et le relais des interruptions ne fonctionne pas comme il le devrait. »

Comme l’explique Dre Laberge, le TDAH est principalement une déficience des fonctions exécutives. L’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité évoluent en vieillissant et dessinent des profils de TDAH variables selon les individus. Ainsi, durant l’enfance, le type inattentif touche 22 % des jeunes et le type mixte, 78 %; inversement, à l’âge adulte, 56 % des personnes atteintes seront de type inattentif pour 44 % de type mixte. En ce qui concerne les TDA, les prédominants inattentifs, ces rêveurs isolés dans leur bulle, « ils sont souvent oubliés; en effet, ils se retirent, et c’est un réel défi parfois de les atteindre et de les décoder. Il faut trouver avec eux une passion qui réussisse à les motiver », indique Dre Laberge. Bref, loin d’être un trouble pour garçons indisciplinés, le TDAH, trouble neurobiologique complexe, mérite qu’on prenne le temps de s’y arrêter.

* Source : CADDAC, Un nouveau document vient souligner les répercussions du TDAH sur l’économie canadienne
** Source : Kessler RC,. Adler L, Barkley R, et al., The Prevalence And Correlates of Adult ADHD in the United States: Results from the National Comorbidity Survey Replication, American Journal Of Psychiatry, April 2006.
Également à consulter, un dossier complet sur le TDHA : Le Médecin du Québec, volume 48, numéro 8, août 2013.

SITES ET RÉFÉRENCES UTILES :

http://caddra.ca
www.cliniquefocus.com

Dre Annick Vincent : www.attentiondeficit-info.com et TDAH : Déploie ton potentiel!
www.attentiondeficit-info.com/questionnaire-tdah.php
Dr Louis Philippe Hubert : www.tdahquebec.com
Association PANDA
AQETA
, association québécoise des troubles d’apprentissage