Recherche

Le jeûne a-t-il un rôle dans la prévention et la gestion des maladies ?

par Jef L’Ecuyer, Dt.P.

Comme mentionné dans notre dernière chronique, je vous parle ce mois-ci du rôle du jeûne dans la gestion de la perte de poids et son maintien, de certaines maladies chroniques et du cancer.

Le jeûne pour la perte de poids
Selon les études menées sur le jeûne intermittent comme stratégie de perte de poids, il ressort de cela que le jeûne serait tout aussi efficace que d’autres stratégies. Malgré des théories avancées dans certaines études à l’effet que le jeûne activerait des processus particuliers, il semblerait en fin de compte que le mécanisme principal de perte de poids, et ce même dans le jeûne, soit la restriction calorique.

En fait, la meilleure stratégie pour perdre du poids, et le maintien de celui-ci est celle que le patient est capable de maintenir à long terme.

Le jeûne contre les maladies chroniques
Maladies cardiovasculaires
Peu d’études ont évalué le rôle du jeûne sur le profil lipidique des personnes à risque de maladies cardiovasculaires. En général, le jeûne semble avoir un avantage par rapport à la restriction calorique sur plusieurs jours, en améliorant certains marqueurs sanguins comme l’augmentation des lipoprotéines de haute densité (HDL) et la diminution des triglycérides (TG). D’autres études sont cependant nécessaires avant que l’on puisse recommander le jeûne pour diminuer les risques cardiovasculaires.
Diabète de type II
Selon les études chez les patients diabétiques, le jeûne semble avoir des effets comparables à ceux obtenus par une alimentation restreinte en calories. C’est-à-dire une amélioration du taux d’hémoglobine glyquée (hbA1c) et une perte de poids corporel. Encore une fois, plus d’études sont nécessaires avant d’en faire la recommandation.

Attention : Si un patient diabétique veut entreprendre une période de jeûne, il faut absolument le faire avec un contrôle serré de la médication pour éviter l’hypoglycémie, et ce pour la durée entière du jeûne.

Le jeûne contre le cancer
Chez les modèles animaux, le jeûne semble avoir une efficacité intéressante dans la limitation de la toxicité associée aux traitements oncologiques. En effet, le jeûne induit chez les cellules saines un mécanisme de protection qui n’est pas présent chez les cellules cancéreuses. Ce mécanisme absent des cellules cancéreuses permettrait de rendre les traitements oncologiques plus efficaces contre les cellules ciblées, tout en épargnant une partie des cellules en santé et de réduire les effets secondaires du traitement.

Le jeûne est contre-indiqué pour certains patients atteints du cancer, en raison de la cachexie, la perte de poids ou l’immunosuppression. De plus, le manque de données sur les humains et pour les différents types de cancer nous empêche, pour l’instant du moins, de recommander le jeûne comme complément aux traitements oncologiques.

À noter : Le jeûne est fortement déconseillé pour les femmes enceintes et celles qui allaitent, pour les enfants et adolescents ainsi que pour les personnes qui souffrent d’insuffisance rénale ou hépatique. Le jeûne est aussi déconseillé pour les personnes souffrant de goutte, car pendant le jeûne, l’acide urique est mieux réabsorbé et peut donc augmenter le risque et la fréquence des crises de goutte.

En savoir plus
Si le sujet vous intéresse, les études de Mattson et Longo sont particulièrement intéressantes, en voici quelques-unes (en anglais) :

Médecins francophones du Canada et SOSCuisine.com ont développé un outil pour vous permettre d’aider efficacement vos patients à mieux s’alimenter. Pour en savoir plus sur le formulaire de prescription alimentairecliquez ici.

Références :
Extenso. (juillet 2017). L’état de la question — L’effet du jeûne sur le poids, le cancer et certaines maladies chroniques. Tiré de http://www.extenso.org/zone-professionnels-de-la-sante/l-etat-de-la-question/
O’Flanagan, C. H., Smith, L. A., McDonell, S. B., & Hursting, S. D. (2017). When less may be more: calorie restriction and response to cancer therapy. BMC Medicine, 15, 106. http://doi.org/10.1186/s12916-017-0873-x
Harvie, M. N., & Howell, T. (2016). Could Intermittent Energy Restriction and Intermittent Fasting Reduce Rates of Cancer in Obese, Overweight, and Normal-Weight Subjects? A Summary of Evidence. Advances in Nutrition, 7 (4), 690–705. http://doi.org/10.3945/an.115.011767