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Jeûner pour vivre plus vieux ?

par Jef L’Ecuyer, Dt.P.

Le jeûne semble être la « nouvelle » vieille tendance de l’heure. Que ce soit un jeûne de quelques heures, de quelques jours ou intermittent, on lui prête un foule de bénéfices. Qu’en est-il vraiment ?

Effets physiologiques du jeûne
Lors d’un jeûne, le corps subit des adaptations physiologiques. En effet, lors de l’absence de nutriments provenant de l’alimentation, le corps doit utiliser les ressources qu’il a pour permettre aux organes de continuer de fonctionner. Pendant les premières heures (voire jours, selon l’activité) du jeûne, le corps utilise ses réserves de glycogène comme source d’énergie. Lorsque celles-ci sont épuisées, le corps se tourne vers l’utilisation des réserves de gras et des cétones pour lui fournir l’énergie dont il a besoin.

Avec ce changement de source d’énergie, différentes adaptations font en sorte que le corps ajuste ses fonctions de façon à ce que les besoins énergétiques soient réduits : les systèmes de croissance et développement sont mis en veille afin de mettre plutôt l’accent sur la réparation et la maintenance du corps. Ce changement d’utilisation de l’énergie disponible force donc la suppression des hormones de croissance, dont celles de la voie mTOR-6SK, qui est beaucoup étudiée pour la prévention du vieillissement. C’est de ces études qu’on aura entendu parler que de jeûner pourrait allonger la vie (celle des souris de laboratoire, pour l’instant !) jusqu’à 20 % !

Jeûner, mais pendant combien de temps ?
L’idée de pouvoir prolonger sa vie est certainement intéressante… mais le fait de ne pas manger pendant plusieurs jours est peu réaliste dans la vie de tous les jours. C’est pour répondre à ce problème que différents types de jeûne sont apparus, dont le jeûne intermittent.

Les personnes qui suivent ce type de jeûne peuvent procéder de deux façons : elles peuvent décider de ne pas manger (ou manger très peu) pendant une journée ou deux par semaine, en alternance avec des journées où elles mangent normalement. Ou elles peuvent réserver des périodes d’une ou plusieurs journées par semaine où elles ne mangent pas pendant une certaine période (par exemple, ne pas manger entre 15 h et 7 h le lendemain matin). En théorie, on pourrait même dire que le « jeûne » que nous faisons tous en ne mangeant rien entre le souper et le petit déjeuner du lendemain (sans collation devant la télé le soir !) pourrait être bénéfique.

Cela étant dit, les études ne nous permettent pas encore d’établir quel type de jeûne serait préférable ou lequel serait le plus bénéfique, si bénéfices il y a pour les humains. La majorité des études faites sur les humains jusqu’à maintenant proviennent de l’équipe de recherche du Longevity Institute de l’Université de Californie du Sud (USC), sous la direction de Valter Longo. Malgré les résultats prometteurs de l’équipe, il y a encore trop peu de données qui proviennent de recherches sur les humains pour justifier de faire la recommandation de jeûner pour prolonger la vie chez les humains. 

Maintenant, qu’en est-il des effets du jeûne sur les maladies cardiovasculaires, le diabète, certains cancers ? Je ferai le point sur les données actuelles dans ma chronique du mois de décembre.

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à consulter également ces articles (en anglais) :

A 2-year Randomized Controlled Trial of Human Caloric Restriction

Impact of caloric restriction on health and survival in rhesus monkeys from the NIA study

A periodic diet that mimics fasting promotes multi-system regeneration, enhanced cognitive performance and health span

Interventions to Slow Aging in Humans: Are we Ready?

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Références :
Examine. (novembre 2017). Can fasting for five days once per month improve your health? Secor, S. M. 2016. Integrative Physiology of Fasting. Comprehensive Physiology. 6:773–825.