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Ce que l’étude PURE nous dit vraiment à propos du gras et du sucre

par Kathryn Adel, Dt.P.

Il y a quelques mois, les résultats de l’étude PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology) ont été publiés et ont fait beaucoup de bruit dans les médias. Le principal message qui a été véhiculé sur les réseaux sociaux est que l’on devrait remplacer les glucides par les lipides dans notre alimentation. Certains sont allés encore plus loin en affirmant que le bacon était bon pour la santé ou encore qu’il serait préférable de suivre la diète cétogène. Ces affirmations méritent d’être nuancées.

L’étude PURE est une étude prospective de grande envergure incluant 135 335 individus âgés de 35 à 70 ans, provenant de 18 pays qui ont été suivis pendant 7,4 ans. Les résultats obtenus ont fait l’objet de trois articles publiés simultanément. L’article qui a fait le plus jaser est celui portant sur la consommation de gras et de sucre. Les auteurs de cet article ont conclu qu’un apport élevé en glucides était associé à un risque accru de mortalité, alors qu’un apport élevé en gras (incluant les gras saturés et insaturés) était associé à une diminution du risque de mortalité. Aucune association significative n’a été observée avec le risque de maladies cardiovasculaires.

Lorsqu’on analyse ces résultats de plus près, on constate que les sujets du 5e quintile avaient un apport moyen en glucides de 77 % de l’énergie totale comparativement à un apport moyen de 46 % chez les sujets du 1er quintile. Ainsi, les sujets ayant un apport élevé en glucides avaient un apport beaucoup plus élevé que ce qui est recommandé actuellement au Canada, soit de 45 à 65 % de l’énergie totale, alors que ceux qui avaient un apport faible en glucides avaient un apport conforme aux recommandations. De plus, il n’y avait pas d’augmentation de risque pour ceux qui consommaient une diète composée de 60 % de glucides. Concernant les lipides, on a comparé un apport de 10 % de l’énergie totale (considéré faible) à un apport de 35 % (considéré élevé). Ainsi, l’apport en lipides recommandé par les chercheurs (35 %) se situe à la limite supérieure des recommandations canadiennes actuelles, qui sont de 20 et 35 % de l’énergie totale. Il est à noter que les apports en glucides et lipides mesurés dans l’étude PURE sont très loin de ceux prônés par la diète cétogène (plus de 80 % des calories sous forme de gras).

Comme toute étude, l’étude PURE a ses faiblesses. Voici les 5 principales :

  • Puisqu’il s’agit d’une étude d’observation, on ne peut pas établir de lien de causalité. De plus, on ne peut pas tirer de conclusions en se basant sur une seule étude. 
  • Les participants ont rempli un questionnaire de fréquence seulement au début de l’étude. Les auteurs ont supposé qu’ils se sont nourris de façon identique au cours des 7 ans qu’a duré l’étude.
  • L’étude n’a pas évalué l’apport en gras trans, ce qui a pu biaiser les résultats
  • Les chercheurs n’ont pas tenu compte de la qualité de l’alimentation. Par exemple, ils ont mis sur un pied d’égalité les sucres raffinés provenant des friandises et des boissons sucrées et les glucides provenant des grains entiers et des fruits. Ils n’ont pas non plus ajusté les analyses pour l’apport en fibres. De même, ils n’ont pas séparé les différents gras saturés, alors que la littérature la plus récente suggère que tous les gras saturés n’ont pas le même effet sur la santé cardiovasculaire. 

L’étude inclut des pays à statut socio-économique faible souffrant de malnutrition et dont l’alimentation est basée majoritairement sur des céréales raffinées telles que le riz blanc. Bien que les analyses soient ajustées pour le statut socio-économique, les auteurs mentionnent qu’il peut y avoir là une source de biais résiduelle.

En conclusion, avec un peu de recul, les résultats de l’étude PURE ne sont pas aussi sensationnels que les médias ont tenté de le faire croire. L’impact de l’alimentation sur la santé est une science complexe et un seul nutriment ne peut pas être responsable des problèmes de santé. Puisque PURE est une énorme cohorte avec un grand potentiel, on peut espérer que d’autres résultats d’analyses plus intéressantes seront publiés.


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Références :

Dehghan M. et coll. Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study.Lancet 2017; 390:2050-62.

Manore, M. Exercise and the Institute of Medicine recommendations for nutrition. Current sports medicine reports 2005; 4 (4), 193–198.