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Revue et enrichie, une 4e édition de Psychiatrie clinique (2e partie)

Par Claudine Auger

Sous la direction des Drs Pierre Lalonde et Georges-F. Pinard, professeurs au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, la 4e édition de Psychiatrie clinique – approche bio-psycho-sociale révèle un ouvrage unique en son genre, utile aux médecins, aux psychiatres, aux divers professionnels de la santé et au public qui y trouveront une information accessible, pratique et en français. Deuxième article d’une série de deux.

L’apport des neurosciences
Psychiatrie clinique — approche bio-psycho-sociale. « Tout d’abord, il y a de grands changements dans les diagnostics, qui se sont précisés au fil des mises à jour du Diagnostic and Statistical Manual (DSM) », rappelle le Dr Lalonde, qui souligne également l’avancement des approches thérapeutiques. « À l’époque, il y avait essentiellement deux thérapies, la béhaviorale et la psychanalytique. Aujourd’hui, on en décrit une douzaine dans notre ouvrage. »

Quant aux nouvelles technologies d’imagerie actuellement disponibles, elles permettent de localiser des symptômes et des fonctions cérébrales, sans toutefois permettre de conclure à un diagnostic spécifique. Par exemple, dans le cas d’une dépression, les lobes frontaux fonctionnent au ralenti, tout comme dans la schizophrénie. On peut faire un parallèle avec Le malade imaginaire de Molière où, autrefois, les médecins ergotaient longuement sur les localisations et les variations de la douleur pour avancer un diagnostic d’infarctus du myocarde. Aujourd’hui, le médecin complète d’emblée son examen clinique par un électrocardiogramme (ÉCG). C’est encore ce qui manque en psychiatrie. Le médecin doit se fier à son questionnaire du patient pour mettre en relief les symptômes et se fier à son jugement clinique pour établir un diagnostic. « Il n’y a pas de test fiable, pas de prise de sang qui distingue la dépression de la schizophrénie. Mais on peut espérer que la recherche intensive des causes bio-psycho-sociales des maladies mentales nous permettra de raffiner les diagnostics et les traitements psychiatriques au cours des prochaines années. »

Une des plus grandes avancées se situe au niveau des neurosciences, qui ont connu des progrès tels qu’elles sont devenues une spécialité médicale à part entière. « On comprend de mieux en mieux la nature des dysfonctions cérébrales », explique le Dr Pinard, ajoutant d’un même élan que les neurosciences sont en train de révolutionner la pratique psychiatrique.

La santé mentale, une classe à part
La psychiatrie se bute à des défis qui la rangent dans une catégorie hors norme, comparée aux autres spécialités médicales, car il est bien difficile de faire des parallèles entre le fonctionnement cérébral des animaux de laboratoire et celui des humains. « On ne peut pas reproduire la schizophrénie, le trouble bipolaire ou la maladie d’Alzheimer chez l’animal », dit le Dr Lalonde. Ainsi les médications utilisées dans ces cas ont été largement découvertes par hasard. « Par exemple, la chlorpromazine (Largactil) fut d’abord utilisée expérimentalement, au début des années 1950 par un chirurgien parisien (Laborit) qui la donnait à ses patients avant une opération afin de ralentir leur métabolisme… et il s’aperçût qu’ils devenaient plus calmes. Il en a parlé à ses amis psychiatres Delay et Deniker, qui la prescrivirent à leurs patients agités à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, ce qui permit de découvrir les vertus neuroleptiques de cette molécule ». D’ailleurs, chaque chapitre de la 4e édition de Psychiatrie clinique offre ainsi des anecdotes savoureuses d’histoire.*

Bien que la découverte de médicaments utiles en psychiatrie demeure aléatoire, Dr Lalonde affirme que, contrairement à la majorité des disciplines médicales, l’efficacité des traitements psychiatriques est souvent remarquable, à condition que les patients prennent leurs pilules régulièrement. « Dans les cas de dépression, par exemple, un patient sur deux ne fera qu’un seul épisode à vie, après avoir été traité par la médication et la psychothérapie. Pour ce qui est des phobies, qui peuvent être très invalidantes au quotidien, on peut les guérir aisément par une thérapie de désensibilisation. La psychiatrie soigne effectivement plusieurs dysfonctions du cerveau, alors que pour nombre de pathologies (l’asthme, l’insuffisance rénale, cardiaque, hépatique, etc.), la médication atténue les symptômes invalidants sans guérir la maladie. » Bref, autant de raisons de consulter le nouveau manuel Psychiatrie clinique — approche bio-psycho-sociale !

*Pour les curieux et les passionnés, Dr Pinard recommande la lecture de Bonheur fou (1990) de François Gravel, un roman qui raconte la naissance de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Montréal.