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Médecin et auteur

La double vie de Dr Paul Grand’Maison

Par Claudine Auger

Dr Paul Grand’Maison
 
 
On le sait : les médecins ont un horaire bien rempli. Qu’est-ce qui pousse certains d’entre eux à se livrer à une seconde passion, celle de l’écriture, et à dégager le temps pour s’y consacrer… et publier ? Dr Paul Grand’Maison nous raconte ce tour de force captivant.
 
Accepter le risque de l’écriture
C’est avec émotion et simplicité que Paul Grand’Maison évoque le décès de son épouse qu’il a accompagnée tout au long de son combat contre le cancer qui finira par l’emporter. Pour traverser ce parcours à la fois éprouvant et ancré dans la vie, qu’il présente aujourd’hui comme un art de vivre, de souffrir et de mourir, le Dr Grand’Maison se nourrira de plusieurs lectures, notamment les essais de l’écrivain et philosophe Jean Proulx. « J’ai été à ce point touché par sa réflexion que j’ai contacté la maison d’édition afin de le rencontrer », se souvient ce médecin de famille. « Ce fut le début d’une aventure : après deux entretiens seulement, nous avons eu le désir de mener plus loin cette rencontre de deux humanités sous le thème de la guérison. Lui avec sa vision d’un patient, moi, celle d’un soignant » poursuit ce passionné d’éducation médicale qui confie avoir rédigé plusieurs articles scientifiques. « Mais écrire un livre, quelle idée téméraire ! », ajoute en riant le Dr Grand’Maison. Une entreprise hasardeuse et audacieuse où l’on accepte de s’exposer au danger, de se dévoiler et de s’explorer. Un périple qui mènera à la publication, en mars 2016, de Guérir est humain
 
« Dans ce livre, je me dévoile comme médecin, comme professeur, mais aussi comme personne. C’est un échange très personnel où j’ai même appris à connaître une partie de Paul que je connaissais moins », confie l’auteur, encore étonné, semble-t-il, de ce projet de longue haleine qui lui a permis d’aller au-delà de lui-même et au-delà du deuil de son épouse. « Dans ma vie, j’ai eu la chance d’accompagner des patients avec des maladies chroniques et en fin de vie. L’accompagnement de Nicole est cependant celui qui m’a le plus touché. Nicole est décédée le 14 décembre 2011, dans mes bras, entourée de nos deux enfants. »
 
Accueillir la mort, pour vivre pleinement
Guérir est humain est structuré en trois parties, le point de vue du patient, celui du soignant, et finalement, une dernière section composée de témoignages sur l’acceptation, l’accompagnement, la guérison, le sens de la vie et le sens de la mort. « Si vous êtes un patient, lisez-le pour réfléchir à votre situation et pour savoir quoi espérer du soignant. Si vous êtes un soignant, pour comprendre le cheminement du patient et réfléchir à ce que vous voulez être comme professionnel. Lire l’ouvrage en entier permet de voyager d’une vision à l’autre, de mieux comprendre le tout », mentionne l’auteur. 
 
Vice-doyen de la Faculté de médecine des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke pendant plusieurs années et récipiendaire, notamment, du Prix du président de l’Association des facultés de médecine du Canada pour leadership exemplaire en médecine universitaire à l’échelle nationale, et donc très sensible à l’éducation médicale, le Dr Grand’Maison précise qu’il a également voulu interpeller les enseignants et les facultés de médecine, mais aussi les médecins en formation : « Il faut se questionner sur le genre de médecin que l’on forme et que l’on veut former. Il faut se questionner sur le genre de médecin que l’on veut devenir et être. »
 
Quant à lui, il résume cette expérience d’écriture avec honnêteté : « Ce livre m’a transformé, la démarche éveille l’humanité. Je ne suis pas une nouvelle personne, mais j’ai beaucoup changé. Les liens avec les autres ont gagné en importance, je prends davantage mon temps pour les cultiver. »